15 décembre 2009

Une question d'hémisphère...


Novembre

Petite mise au point pour ne pas perdre le Nord et suivre mon calendrier :

En novembre, c'est le printemps, et les jacarandas, mes arbres préférés, sont en fleurs.
En décembre, c'est les fortes chaleurs qui commencent, on remercie la clim et les étudiants commencent leurs grandes vacances à Noël.
Noël passe d'ailleurs complètement inaperçu et ce n'est pas les quelques sapins de Noël dispersés dans la ville qui vont changer 30 ans d'habitude de froid à cette époque. Je remarque juste que les moustiques me rendent la vie dure et que peut-être à Noël je vais demander un colis de Biaphine.
Le top pour le Nouvel An est non pas de louer un chalet au ski mais une maison avec jardin, pileta (piscine) et parilla (barbecue) pour manger les premières viandes de l'année en maillot de bain.
En Janvier on part à la plage et tous les lieux touristiques sont pleins à craquer
En Février on se prépare à la rentrée.
En Mars l'université reprend
En Avril on ne se découvre pas d'un fil, c'est l'automne
En Mai fini les nu pieds
En Juin on se les caille
En Juillet c'est la doudoune assurée et on s'arrange pour rentrer en France en vacances
En Août, on renonce à regarder les photos des vacances des amis en Europe sous peine de déprime grave
En Septembre on ressort un peu
En Octobre le printemps bourgeonne

Dernières anecdotes :
Ici le ciel est plus bas que chez nous, dur de l'expliquer mais partez en Patagonie et vous comprendrez, les nuages n'ont jamais paru si près
Les étoiles ne sont pas les mêmes, pas d'étoile polaire mais l'étoile australe !
Ici pour avoir la lumière toute la journée dans son appartement, il faut qu'il soit orienté nord...
Moi il m'a fallu une bonne demi-heure d'explication de mon frère pour le comprendre. Vous me suivez ?

Les rockers argentins sont vivants




 Terre musicale particulièrement fertile, l'Argentine a la chance d'avoir ses rockers vivants, en pleine forme et toujours sur scène. Andres Calamaro ( ex los Rodriguez, ex los Abuemos de la Nada), los Fabulosos Cadillacs, Fito Paez, Charly Garcia, Spinetta, Soda Stereo, los Redonditos de Ricotta, la Bersuit, Los Ratones Paranoicos pour ne citer qu'eux... Les Argentins sont fiers de leur "rock nacional" et ont de quoi.  Les rockers argentins sont des références pour tous et depuis 10/15 ans, s'exportent bien au-delà des frontières dans tous les pays hispanophones et certains comme Andres Calamaro font chanter toute l'Espagne.
Comme ils sont copains entre eux, quand on va voir Calamaro comme dimanche dernier au Club de la Ciudad (mon rêve s'est enfin exaucé), on voit en même temps Vicentico (ex Los Fabulosos Cadillacs), le chanteur des Babasonicos et Fito Paez, comme ça, qui passaient par là... Et moi j'exultais !

Tous ces noms sont certainement de grands inconnus pour ceux qui me liront, mais imaginez être la génération de mes parents, et être en âge de voir des idoles de rock sur scène, encore jeunes et fringuants, sans devoir acheter les compils ou les voir en documentaires à la télé. Ou comme si chez nous on avait Indochine et Noir Désir au top de leur gloire, un Gainsbourg vivant, Johnny Hallyday loin du coma, Téléphone encore à la mode, comme s'ils étaient copains tous  entre eux, avaient tout juste 50 ans ou même pas encore et restaient de vrais rockers remplissant les stades, sans promo chez Drucker, sans reportage dans Gala, et sans lifting.

Ce n'est qu'une simple anecdote musicale, mais c'est une illustration de cet étrange sentiment que j'ai ici, celui d'être dans une époque encore vierge, un pays jeune, sans besoin de références passées, car ici le rock c'est maintenant et pas en noir et blanc.




26 octobre 2009

Le bruit et les odeurs



Jamais je n'avais autant identifié à une ville à ses bruits, à ses sons, à sa musique et à ses odeurs que Buenos Aires.

La ville est parmi l'une des capitales les plus bruyantes au monde paraît-il. Le centre est envahi de taxis jaunes et noirs tel un New York européo-latino. Autant le réseau de métro est très peu développé, autant les collectivos, eux, quadrillent toute la ville jour et nuit. Donc à n'importe quel endroit de la capitale on écoutera le collectivo passer et dévaler les avenues et les moindres petites rues sans trop de limitation de vitesse. Au point que vivre dans une rue où ne passe pas de collectivo est un gage de tranquilité sonore. Visuellement, les collectivos sont différents selon chaque ligne et chaque compagnie privée qui les exploite. Certains, les plus drôles, sont "tunnés" façon voitures des kékés de la côte méditerrannée, couleurs et dégradés bleutés sur le parebrise, la radio et la musique au goût du chauffeur, parfois le chapelet qui pend au rétroviseur comme j'ai connu à Mexico. Pas de virgen de Guadalupe mais la photo des enfants du chauffeur, de la novia... Bref, un univers différent à chaque trajet.
Les voitures sont très modernes ou d'une autre époque, un bon tiers ne passerait pas le contrôle technique je pense mais elles roulent. Et font du bruit. En proportion il y a quand même beaucoup moins de voitures qui circulent dans le centre que dans des capitales européennes. Situation économique oblige, ci on est très loin d'une voiture par famille, c'est collectivo et subte (metro) pour tous.





La musique typique que l'on peut entendre par hasard comme ça en passant dans la rue est bien-sûr le tango. C'est quelques notes, un air, une chanson, qui s'échappe d'un attrape-touristes, d'un magasin de disques de l'avenue Corrientes, d'une fenêtre, d'une boutique, d'un taxi, en passant le soir devant un bar, une milonga (salon où on danse le tango), devant une école de danse...
En plus du tango, je suis toujours ravie d'entendre à la radio toute la musique que j'aime et que je ne pouvais écouter que dans mon MP3 depuis des années. Au bureau pendant la journée j'écoute Andrès Calamaro, los Rodriguez, los Fabulosos Cadillacs, du folklore argentin, Mercedes Sosa, Mana, tous les tubes latinos du moment ou les classiques, mon Chichi Peralta adoré, un peu de salsa, de merengue, bachata... C'est comme si je faisais une sélection de ma musique préférée, sauf qu'elle passe toute seule à la radio !
L'autre bruit qui me semble très typique de Buenos Aires sont les enthousiasmes télévisuels dominicaux provoqués par les matches de foot. Cris, hurlements, explosions de joie ou de colère, insultes, beaucoup d'insultes, aux joueurs, entraîneurs, arbitres, spectateurs supporters de l'équipe adverse..., c'est le fond sonore habituel d'un dimanche calme à la maison les fenêtres ouvertes... Cet après-midi c'était Boca contre River, c'est à dire un match entre 2 équipes mythiques de la ville pour lesquelles les inchas (les supporters) se couperaient un bras pour voir leur joueurs gagner. Et je me suis dis en entendant à plusieurs reprises des hurlements dans toute la cuadra (le paté de maison) que ça me rappelait la France pendant le Mondial, lorsque l'équipe de France jouait, sauf qu'ici c'est le Mondial tous les week-ends.



Et les odeurs, vous me direz quelles odeurs ??? Je vous répondrai sans hésiter l'odeur des braises ardentes, de la grillade, dès 10h du matin, ce filet de fumée qui vient des restaurants alentours et qui me taquine les narines quand je suis au bureau et me fait calculer que la pause déjeuner se rapproche. Car les Argentins qui peuvent dépenser 20 pesos vont s'enfiler une bonne viande à midi, forcément cuite au feu de bois. C'est l'asado, la parilla,la parillada, bref tout ce vocabulaire de grillades et de barbecue que l'on apprend ici en arrivant. C'est le plat de prédilection,  incontournable pour un dimanche en famille, une soirée entre amis, improvisable à toute heure, en hiver ou en été. J'en ai vu qui installaient les braises par terre dans la rue. Ici on trouve des braises à acheter aussi facilement qu'une bouteille d'eau. L 'odeur des braises est dans toute la ville. Dans les restaurants en semaine, dans les jardins et terrasses les week-ends... et dans ma mémoire olfactive pour toujours.


4 octobre 2009

Les trentenaires


A 30 ans, on se dit que dans 10 ans on en a 40 putain !
On va au mariage des copains,
On est témoin
On se dit que la robe blanche à nous aussi nous irait bien

Certains achètent un plasma, une Scenic
d'autres lâchent le job et prennent une année sabbatique
Certaines pensent à l'horloge biologique
Arrêtent les pilules chimiques

Les copines tombent enceinte, accouchent du 1er
ou du 2ème pour les plus pressées,
Ont des problèmes de nounou, de crèche, de garderie
Leurs enfants s'appellent Hugo, Matéo, Enzo y tutti quanti

Certains se séparent, divorcent, recommencent en solo
Ou passent chez le notaire, font des prêts, font des travaux
Achètent un appart, font construire une maison
tandis que d'autres vivent - encore - en colocation

La trentenaire s'accepte enfin,
ses petits seins et son nez qui l'est moins
Elle arrache en cachette ses premiers cheveux blancs
Constate qu'elle n'a plus le corps de ses 20 ans

On dit qu'elle est au top de sa vie de femme,
que c'est une madame
Que ses hormones, sa libido font des ravages
Mais elle s'effraye déjà des effets de l'âge

Elle laisse tomber Biba et achète Marie-Claire
cherche des conseils pour ne pas rester célibataire
Elle prend un chat, commence la salsa
Et déprime de tous ces couples qu'elle voit à Ikea

Il aime la jeunette étudiante
Pas pressante, pas chiante
Il se dit qu'il peut encore profiter de la vie
De ses soirées tranquilles avec ses amis...

Il ne veut pas d'engagement, pas d'hystérique
Mais en est à sa troisième année sur Meetic
Drague sur Match, Zoosk, Facebook
Et se sent au fond de lui un plouc

Age bizarre et tant contradictoire
Tellement de voies, différentes histoires,
Déjà sur des rails ou un peu perdus,
Pour tous destination inconnue.

19 septembre 2009

samedi 19 septembre

Le coeur n'y est pas mais je vais me coiffer, ne pas "avoir l'air d'une folle" comme tu disais, mettre du parfum, n'importe lequel, de toute manière je ne pense pas que tu savais les distinguer, mais du parfum. Mamie ne supporte pas en mettre, et tu attendais nos visites maman et moi pour ces respirer ces effluves qui t'étaient interdites. Mettre un peu de couleur, ne pas ressembler "à une veuve portuguaise" toute de noir vêtue. Le résultat n'est pas trop mal finalement, je crois que je serais à ton goût si je venais rue Buffon. Je vais t'envoyer tous les buenos aires possibles pour t'accompagner là-haut. Je sais que tu redescendras de temps en temps vers le Libanoun, le Béarn et par ici aussi j'espère.

13 septembre 2009

Parlez-vous français ?

Jane, une étudiante américaine, partait en stage au Sénégal. Elle écrit très bien mais se coince un peu à l'oral. Je suis sûre qu'elle reviendra avec des expressions de là-bas, voir même avec un peu de leur accent !
Alfonso devait passait le DELF pour son université (comme un TOEFL de français). Il est très bon, il a eu son exam et quand il m'a appelée pour m'annoncer les résultat j'étais pas peu fière.
Rodolfo et Anna, tous deux enseignants d'université, me font souvent rougir de mon pauvre niveau de littérature française en comparaison du leur et me font disserter sur Epicure, qui du coup devient ma lecture de chevet pour ne pas passer pour une complète ignorante.
Mirta, tout un personnage, est devenue ma mère adoptive argentine. Elle connaît maintenant la différence entre le passé composé et l'imparfait. Une victoire.
Quant à Mabel, qui a étudié le français toute sa vie pour le plaisir, elle a gagné un voyage à Paris et, pour la première fois, à 56 ans, voyage seule et part en Europe ! Je lui ai fait son programme de visite de la capitale, pour chaque jour, lui ai expliqué l'arrivée à Orly, le changement à Anthony, le RER, la Gare du Nord... Elle vient de m'appeler du RER justement, aussi excitée de son premier jour en France que des gamins que l'on lâcherait à EuroDisney. Elle me dit que quand elle parle aux gens tout le monde la comprend, elle n'en revient pas !

Comme beaucoup de nouveaux arrivants, j'ai cherché à donner des cours de français à Buenos Aires. Je l'avais fait pendant 1 an à Mexico et j'avais adoré cette expérience. Je me suis donc improvisée à nouveau Profesora de francés, sans d'autre bagage ou diplôme que mon passé de française et mon niveau de français"natif". Drôle d'impression de n'avoir à vendre que ça finalement, son passé, le fait n'être né et d'avoir grandi là-bas, et que l'on vous paye pour ça, mais c'est le système, et ça marche. Ce n'est pas bien difficile, les livres et méthodes existent, et on s'y met très vite. Financièrement tout dépend. Sans intermédiaire, on s'en sort très bien, mais lorsque c'est un institut de langues qui nous envoie des élèves, il ne nous reste que 50%.
Certains étrangers passent ainsi des années à enseigner leur langue maternelle, français, américains... Solution de facilité en quelque sorte, moyen de substistance ou heures extras pour arrondir ses fins de mois, mais aussi formidable prétexte pour connaître des Argentins.

Ma vie ici se serait pas la même sans eux, mes élèves, mes rendez-vous hebdomadaires chez eux, à leur bureau, autour d'un maté, d'un thé, de petits gâteaux. Tout d'abord, grâce à tous ces aller-retours, j'ai su très vite m'orienter dans cette ville, pour la traverser, connaître les différents quartiers, savoir comment m'y rendre... Ensuite, c'est toute une décharge de "buena onda" que je reçois à chaque fois : cette allegresse et cette gentillesse naturelle envers autrui, si fortes ici, qui devraient être aussi contagieuses que la grippe A pour le bien de l'humanité. Un sourire accompagné du traditionnel abrazo pour m'accueillir, leur plaisir d'apprendre, leur curiosité intellectuelle, leurs questions qui me font rire et toutes celles sur ma vie et comment est mon nouvel appartement, mon grand-père et ce que je j'ai fait le week-end dernier. Ici pas de barrière, on rentre de suite dans le personel, la confidence, pas de réserve, pas de relations "codées", tutoiement d'office, en fait beaucoup plus décontractés et décomplexés, tous, et moi aussi au final. Enfin, ces cours sont comme des petits moments à part de la vie de tous les jours : des repères, des rendez-vous chronométrés mais des amitiés bien réelles, la sensation de me rendre utile, de percevoir de suite des progrès, une totale indépendance, pas de supérieur, de hiérarchie, pas de doute sur mes compétences... Ca a du bon d'avoir la langue infuse !

25 août 2009

Train train du matin

Avenida Corrientes
source http://www.flickr.com/photos/42393266@N00/137161208


6:00 je hais mon portable qui sonne, le monde, la Terre, mon job qui me fait me réveiller à cette heure. Il fait nuit.

6:10 je fais semblant de ne pas avoir entendu. De toute manière il fait encore nuit.

6:16 je me dis que je suis une boluda, je vais encore arriver en retard, donc je me lève.

6:35 je pars de chez moi en sachant que j'ai déjà 5mn de retard sur le collectivo que j'attends à Junin y Corrientes. Recontramil boluda. Il fait encore nuit, personne dans les rues, sauf une dératée qui court un sprint, moi.

6:40 personne à l'arrêt du collectivo évidemment, et là, j'attends et me déteste d'être si prévisiblement irrécupérable. Envisage de prendre le métro demain, pour voir si je peux gagner encore 3mn de sommeil. Il fait froid, seul mon MP3 et un peu de bachata dominicaine me mettent du baume au coeur. J'essaie de ne pas penser à mes copines qui se prélassent au bord de laplage dans l'hémisphère nord et se plaignent dela canicule.

6:45 enfin le n°24 arrive, j'ai même droit à une place assise car à cette heure-là c'est encore possible. Si par malchance elles sont toutes prises, un petit regard désespéré à un représentant de la gent masculine arrange mon sort. Les Argentins sont galants, je n'aime pas en abuser mais le matin pas de pitié.

6h46 c'est parti mon kiki le n°24 descend l'avenue Corrientes, la célèbre avenue des théâtres et des cinémas, vide évidemment. On arrive à l'Obélisque, on devine le lever du soleil derrière leMicro Centro et les tours de Puerto Madéro...

6h55 on tourne direction Plaza de Mayo, place historique encore toute calme à cette heure-là, dont le ciel dégagé laisse toute la place aux prémices de l'aube et à ses dégradés de bleu. A contre-jour siège la Casa Rosada, le palais présidentiel, bâtiment de couleur rose dont la façade arrière commence à virer à l'orange...
Le meilleur moment du matin, quelques minutes de calme suspendues dans le temps, dans ce lieu si symbolique de Buenos Aires, entre mon lit et mon bureau, mon sommeil et le bourdonnement de la ville qui commence à fredonner dans mes oreilles.
Je me dis qu'il va falloir que je prenne l'appareil photo demain avec moi, sans faute.

7:00 On traverse le quartier de San Telmo.

7:05 Avenida Belgrano y Bolivar, je descends, resprinte une cuadra, 6ème étage, je refuse de me regarder décalquée dans le miroir de l'ascenseur, et en franchissant la porte je me force d'un "Hola quetal" tout sourire !
En allumant mon ordi je me souviens qu'il y a 1 an, j'étais à Buenos Aires en vacances, pour la 2ème fois, et que j'ai décidé de revenir pour de bon et tenter l'aventure... En fait je maudis ces horaires mais je remercie du fond du coeur celui qui m'a donné une chance, un visa de travail et la possibilité de rester ici un petit moment. Il ne sait pas à quel point il a fait une heureuse. Un jour je lui dirai. Il ne comprend pas non plus comment une Française puisse vouloir vivre ici. Un jour je lui expliquerai. Moi en tout cas, je me pince encore parfois pour y croire !

12 août 2009

Ce ne sera pas Tahiti... mais Madagascar



Oui, François est resté bouche bée devant ce film et, après la fin de la guerre, il demanda sa mutation pour lui et Zoë à Tahiti, la faute aux vahinées peut-être... Ce serait leur voyage de noces !Seulement l'avis de mutation est arrivé trop tard, après celui pour Madagascar.Entre temps, les jeunes trentenaires partirent pour l'île rouge, un territoire plus grand que la France, au large du Mozambique et de l'Afrique du Sud, qui allait les accueillir pendant 16 ans, et ma mère pendant ses premières 14 années.


Impossible de résumer toute cette tranche de vie, les innombrables souvenirs d'école, d'élèves malgaches, d'amis rencontrés là-bas, de trajets en brousse, de parties de pêche dont tu nous as tant parlé. Parmi les milliers d'anecdotes, je me souviens qu'à chaque aller ou retour vers la métropole, tous les 2 ou 3 ans je crois, vous voyagiez pendant 1 mois et demi. A l'époque pas d'avion direct Paris Tananarive bien sûr. C'était donc un trajet en bateau et en petits avions, de multiples escales en Afrique au Caire, à Djibouti... des trajets en petits coucou pour survoler le Kenya et le Kilimandjaro.... des voyages comme personne n'en fait plus aujourd'hui. Je n'ose imaginer le courage et l'esprit d'aventure qu'il t'a fallu Papi à l'époque pour partir si loin de chez toi et de ton Béarn, sans moyen de communication, sans savoir ce qui vous attendait là-bas. Oui tu étais un aventurier, et ta Zoë suivait.

Vous devinrent parents dans ce pays quelques années après, au fil des affectations vous vécurent à Tananarive, Antsirabé... tu ouvris le lycée de Fort-Dauphin, un lycée internat flambant neuf et moderne (tu étais très fier de la salle de projection de cinéma) qui accueillait les jeunes de la ville et surtout ceux de la brousse. Presque 50 ans après ton retour en France, ta fille m'emmena sur la terre de son enfance et je découvris ce lycée. Le directeur actuel, un de tes anciens élèves, nous raconta ses souvenirs et anecdotes lorsqu'il était ton pensionnaire, que d'émotion ce jour-là... Paraît-il qu'on l'appelle le lycée TURON ! Les palmiers que tu avais planté sont toujours là, avec 6m de plus, et ton livre de comptes aussi, avec ton écriture impeccable et ta signature, à des milliers de kilomètres de chez nous...
Récit de voyage http://overglob.over-blog.com/categorie-818377.html


le lycée internat de Fort Dauphin

devant les palmiers que tu as plantés dans l'allée du lycée



Livre de comptes de 1957/58

Ce pays a marqué toute la famille, même mon frère et moi qui n'y avons pourtant jamais vécu. Petite, je n'arrivais pas à prononcer le nom du pays dont on me parlait tant et disais "Madame Ascar". Chez vous certains mots se disent en malgache : "veloma" pour dire au revoir, je suis "bevouk" ou "voukbe" pour dire qu'on a trop mangé, la chambre "vahin" est celle où dorment les invités, la ramatou est une femme de ménage, un zazakel est un bébé, le sakaf est le repas ect. Et on les utilise aussi du coup.

La meilleure illustration de la malgachophilie/folie de ma famille est l'addiction de tous au romazava et aux brèdes. A ton retour en France dans les années 60, tu as ramené des graines de brèdes mafanes, ces fleurs particulières qui, une fois cuites, ressemblent à des épinards, et qui s'accompagnent de viandes et de riz, comme une sorte de ragoût. Les fleurs de brèdes provoquent un fourmillement dans la langues et les lèvres, une sorte d'électricité" (l'adjectif "mafane" = chaud en malgache). Depuis lors, la récolte n'a jamais cessée, Zoë fait des conserves, mon frère a pris la relève au jardin, et le roumazava est notre plat de fêtes, de Noël, et de mon anniversaire. C'est le plat qu'il est souhaitable de goûter et d'apprécier quand on veut être accepté dans la famille !

Depuis les années 60, vos meubles, tableaux, objets d'artisanat malgaches, rentrés avec vous par bateau, vous ont accompagnés dans votre nouvelle vie en métropole. C'est dans cette ambiance de peintures de zébus et de maisons rouges, de tables et fauteuils en bois exotique que je vous ai rencontrés il y a 30 ans, vous mes grands-parents.

A suivre.

ROMAZAVA

Ingrédients

Viande de boeuf ( ou de de zébu) dont moitié de Jaret et l'autre moitié un peu grasse.
Bottes de Brèdes Mafane (Anamalaho) + Bottes de Brèdes Morelles (Anamamy)
Bottes de cresson (Anandrano)
Ttomates + oignons + gingembre+ piments + poivre vert frais + ail + graisse d'oie ou de canard + gros sel

Servir a table accompagné d'une grande quantité de riz nature: on se sert d'abord du riz dans une assiette creuse , puis on noie ce riz sous le bouillon et les brèdes.

Accompagnement

Rougail de tomates : Mélange (de Tomates fraiches +oignons blancs + gingembre + piments oiseaux +citrons combava + Sel) finement taillés et marinés au moins 4 heures au frais avant de servir.

9 août 2009

Tu es né le 9 mars 1914



Tu es né le 9 mars 1914 dans une petite propriété à Arthez de Béarn, puis tes parents partirent prendre une métairie à Uzein. Nés à quelques jours de différence, on a toujours fêté nos anniversaires ensemble. De ton Béarn tu as gardé cet accent rocailleux et les "r" qui roulent comme les vagues de la Chambre d'amour, ta plage préférée d'où tu sais. Tu as grandis dans une ferme de Morlanne, celle que ton oncle qui avait fait une petite fortune en Argentine avait pu construire pour la famille. Grâce à lui, tu as évité ton destin de gardien de vaches. A l'école primaire d'Uzein, tu ne parlais pas un mot de français et l'institutrice n'était pas béarnaise... tout dialogue était exclu! Grâce à l'oncle, on a fait étudier le petit François, on l'a même envoyé chez les Jésuites, manière d'en faire un fervent catholique instruit. Là-bas, tu appris le français, fus un élève exemplaire, et quelques récoltes plus tard tu décrochas le bac, toi le fils de métayers du coin qui grandis dans une ferme, à l'ancienne, sans électricité bien sûr, en allant chercher l'eau du puits, enfin comme on vivait dans la campagne dans ces années-là, mais pour de vrai, sans les caméras du jeu de la télé. Oui, le Baccalauréat, dans les années 30, comme ta Zoë d'ailleurs, rencontrée pour la première fois quand tu avais 15 ans. Tu l'avais ramenée avec sa tante dans son village de Boumourt, dans la calèche familiale. Tu la recroiserais encore longtemps, 68 ans de mariage, pas moins que ça.
A tes 17 ans, un cancer emporte ta maman. A 20 ans, ton rêve se réalise, tu es reçu au concours de l'école d'Istres pour devenir aviateur... mais ta vue t'empêchera d'intégrer l'école, et sûrement de te tuer pendant la guerre qui commencerait 5 ans plus tard. Je ne remercierai jamais assez tes yeux défaillants !!!
En 39, c'est la guerre, l'exode et le retour à Boumourt sous les bombes pour Mamie.
Toi tu es fait prisonnier entre Saint-Malo et Nantes, tu t'évades et rentres dans ton village de Morlanne à vélo. En 1940, vous vous retrouvez dans le train, toi pour Paris où tu travailles au Gaz, elle pour la Normandie où elle enseigne.
En décembre tu l'amènes au théâtre du Chatelet voir "Rose-Marie" et tu la demandes en mariage. Comme vous ne connaissiez personne vous avez pris quasi des inconnus pour être vos témoins. Tu m'as souvent parlé de Boulogne, là où vous habitiez boulevard de la Reine, et des fermes de là-bas, des poules qui traversaient les rues (sic), de Paris sans pratiquement aucune voiture... Vous avez connu les bombardements de l'usine Renault à côté de chez vous, les Allemands dans la capitale... Tu nous a raconté mille et une anecdotes de la guerre, un vrai trésor oral que je transmettrai un jour à mon tour à tes arrières petits-enfants, j'espère.
En 44 tu rejoins ta Zoë travailler en Normandie, Mamie t'a aidé à passer le concours d'instituteur, tu feras comme elle, car elle a toujours eu raison, tu le sais. Ce sera un coin plus tranquille pensez-vous. Ben pas vraiment en fait, le 6 juin il s'est passé comme une chose étrange. Vous avez vu les Américains faire trempette sur les plages d'à côté, les Allemands rentrer chez eux avec leurs tanks et tous leurs jouets, les avions alliés les pilonner sur leur passage à côté de l'école... Et vous, mamie et toi, avec chacun votre classe de marmots, sur les routes de Normandie, demandant aux gosses de faire de grands gestes aux aviateurs pour qu'ils attendent un peu plus loin avant de s'en prendre aux occupants...

Un jour où tu es allé au cinéma voir le film "Les révoltés du Bounty" avec Clack Gable, tu t'es dit qu'après la guerre il fallait partir loin, qu'il existait un pays chaud et beau, avec des cocotiers, sans tank ni Allemand chez soi, tu verras ma Zoë...

ps : prochain épisode après une bonne nuit de sommeil.
Bises à Auch

29 juillet 2009

Le blues de l'émigrée

le Gers en été

Rien de tel qu'un retour aux sources express, improvisé et imposé par des circonstances familiales pour se prendre de plein fouet une nostalgie de son païs. On a beau être content d'être ailleurs, s'estimer chanceux de connaître, découvrir, rencontrer ce(ux) qui est (sont) si loin, je dois avouer qu'à quelques jours du départ j'ai déjà le blues du Sud-ouest en été, des champs de tournesols, du confit servi à table avec autant d'évidence qu'un verre d'eau, du festival de salsa de Tempo Latino à Vic-Fezensac, des siestes avec mon frère et mon chat, des cigarettes avec ma mère à la fin du repas, des dîners au restaurant avec mon père, de la soupe de Mamie, du couple extraordinaire qu'elle forme avec mon grand-père, de cette chaleur écrasante qui nous fait faire quelques kilomètres pour se poser près d'un lac, des visites improvisées et rencontres surprises avec ceux qui partagent le même accent et vocabulaire que moi, les mêmes collège, lycée et souvenirs d'adolescents. Je n'ai aucune envie là tout de suite de rentrer chez moi à Buenos Aires ou plutôt de repartir là-bas, car qu'est ce qui est vraiment chez moi ? Là où j'ai grandi, où j'ai ma famille, où je ne fais pas 3 pas sans rencontrer quelqu'un que je connais même si je suis partie du coin il y a 10 ans, là où j'ai vécu pendant quelques années, ou là où j'ai décidé de vivre depuis 6 mois ? Difficile d'expliquer que c'est tout à la fois, et que je ressens une appartenance là où j'ai posé mes valises au moins 1 an, où j'ai eu un numéro de téléphone, une adresse et des factures, et surtout des amis et des souvenirs que j'ai laissés derrière moi. Je me sens chez moi à Auch et à Buenos Aires, comme je me sentais aussi chez moi à un moment donné à Mexico, à Paris, à Londres et à Toulouse. C'est grave docteur ?

Quand je croise des Gersois qui n'ont pas bougé de là depuis le bac, et qui ont l'assurance d'être bien chez eux sans avoir le besoin de voir si l'herbe est moins jaune ailleurs, je me surprends parfois à les envier. Quand ils me demandent si je suis toujours à Paris, je me surprends parfois à leur mentir et à leur dire oui. Quand je leur dis que je suis à Buenos Aires, je me surprends parfois à ne pas savoir expliquer "comment c'est là-bas", ni à savoir répondre à la fameuse question "et tu te vois y rester longtemps ?". A la croisée de l'OVNI et de la déséquilibrée, de l'éternelle insatisfaite et de la post-adolescente attardée, de la voyageuse incomprise et de la rêveuse instable, c'est un peu l'image que je lis dans leur regard. J'aimerai pouvoir justifier, expliquer, dire que "j'ai suivi mon mari", ce qui serait alors une raison valable certainement mais je n'ai pas de mari, merde. Je ne suis pas partie pour des raisons économiques non plus, on ne meurt pas de faim dans le Sud-Ouest, y'a qu'à me voir. Je suis partie parce qu'on ne vit qu'une fois. Puissiez, vous lecteurs, me comprendre !

14 juillet 2009

La flippe A

Ainsi est la nouvelle mode a Buenos Aires
Ca s'appelle le barbijo, le masque donc, dont les porteños et porteñas raffollent depuis quelques semaines. C'est chic, ca laisse passer le regard tout en cachant la bouche, moins couvrant qu'une burka, tout en faisant petite fille sage, ca donne un genre "la grippe A ne passera pas par moi, car moi, je me protege, et vous ?" Surtout j'observe la nouvelle mode qui consiste a marcher dans la rue la tete baissee, en mangeant son écharpe ou son col roulé, classe.
J'ai vu les premiers masques au theatre il y a 10 jours, ca m'a fait drole. Ensuite j'ai été prévenue par mail que mes cours de danse étaient annulés en raison de la grippe A, puis la fete du 14 juillet (sauf tout de meme la fete de 400 personnes qui sera organisée demain a l'ambassade demain. Les happy few et autres "élites" du pays auront le privillege de tomber malade chez l'ambassadeur en buvant du bon vin rouge et en se coincant quelques morceaux de fromage dans les dents, c'est nettement plus chic que de choper communément le virus dans la rue). Un partenaire de salsa m'a deconseillé d'aller danser samedi dernier mais est quand meme allé s'entasser dans un stade de foot le lendemain... Hier apres midi en tout cas on constatait avec des copains que les restaurants etaient pleins, les terrasses au soleil aussi. Pendant ce temps-la des cinémas et théatres sont fermés, les vacances scolaires d'hiver ont été avancées pour pouvoir fermer les écoles, idem les universités, beaucoup d'établissements ouverts au public refusent justement le public, ca donne 50 personnes en train de faire la queue dehors pour aller a la banque...C'est le royaume de la contradiction pour tout et n'importe quoi.
Car oui, la grippe A est sévere ici, on a dépassé la centaine de morts, c'est le 3eme pays le plus touché dans le monde apres le Mexique et les Etats-Unis et l'hiver ici ne fait rien pour arranger les choses. Mais vais-je aussi arreter de prendre le bus, de fumer, de prendre l'avion ?
Cette triste épidémie me donne en tout cas l'occasion
- d'écouter une floppée de légendes urbaines et autres vraies fauses rumeurs (genre : le masque ne serait valable que quelques heures et au contraire, si on le garde trop longtemps apres sa duree de peremption ca deviendrait encore plus dageureux que de ne pas en avoir...hummm, pasionnant dites-moi !),
- de me laver les mains 5 fois par jour au savon, ou a l'alcool, quand on me tend une bouteille et que je sens qu'il ne serait pas de bon ton de refuser,
- de me ronger un peu moins les ongles,
- de ne plus embrasser les bébés ou les enfants pour me ou les protéger - je ne sais pas,
- de raler contre le zéro logique et le zéro bon sens des mesures prises
- d'observer les comportements des uns et des autres, leur paranoia, leur contradicion, l'ignorance, la peur, ce curieux sentiment face a la maladie a une époque ou les grandes épidémies nous semblent a des siecles derriere nous. Soudainement en 2009 c'est la flippe A, on se souvient que l'on est parfois peu de chose, voire au pire mortel, meme sans accident.
En de telles circonstances les Argentins se révelent aussi dans leur splendeur. La mere d'une amie me racontait l'autre jour que dans son entreprise, des affiches conseillaient aux employés de se parler a une distance de 1 metre les uns des autres et de ne plus s'embrasser pour se saluer. Ce a quoi sa fille Gaby a repondu : "Ne plus s'embrasser entre collegues, ne pas s'approcher a moins d'un metre pour se parler, mais c'est impossible, comment peuvent-ils nous empecher ? On est comme ca nous !".
J'ai eu envie de lui dire d'aller faire un tour dans une tour de la Défense ou d'ailleurs, ou de rentrer dans un bureau londonien, et qu'elle constaterait que la bas cela ne poserait vraiment aucun probleme. Et puis en fait non, je ne lui ai rien dit. Que les Argentins restent Argentins, et continuent les besos, abrazos et cariños !!! C'est comme ca que je les aime !

23 juin 2009

Chez le Bolivien


Buenos Aires est un peu comme une tour de Babel , on y trouve tous les pays d'Europe et d'Orient dans les veines de ses habitants, et on y croise ses voisins de l'Amérique du Sud, mais aussi des Asiatiques et des Africains.

Pour parler de la population de Buenos Aires, quand on est habitué aux grandes villes européennes, le centre la capitale semble extrêmement "blanc", tel un cocktail d'Europe occidentale parachuté dans les années 1900 et que l'on aurait coincé au fin fond de l'Amerique du Sud pour observer ce que tous ces pays mélangés entre eux pouvaient donner 100 ans après. Les Portenos se sentent très fiers de leurs origines venues d'ailleurs, du grand père italien, de la grand-mère syrienne, de leur nom de famille français, de leurs ancêtres juifs polonais, de la mama espagnole... Beaucoup, pour être petit-fils/filles ou fils/filles d'Espagnols ou d'Italiens, ont le double passeport et double nationalité, et peuvent donc venir travailler ou étudier en Europe sans problème, en étant complètement légal. C'est même d'ailleurs un business pour les avocats, on voit beaucoup de bureaux ici qui s'occuppent de d'obtenir la nationalité italienne ou espagnole pour leurs clients auprès des consulats. Ici c'est courant de rencontrer des Argentins dont chaque grand-parent ou parent est d'un pays différent et de continents si éloignés. Un dicton dit "Les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens des Incas, les Argentins des bateaux."



Pays largement catholique, on trouve de nombreuses églises dans la ville, des cathédrales, à l'architecture beaucoup plus moderne que chez nous forcément. Par chance les Argentins n'ont pas le même rapport à la religion qu'au Mexique, ils n'ont pas ce fatalisme et cette abnégation aveugles et ils me semblent plus modérés. J'en vois qui se signent quand ils passent devant une église, qu'ils soient en voiture, dans un bus, ou en marchant.
Calle Uriburu, dans le Once, j'ai retrouvé les Juifs orthodoxes tout de noir vêtus qui me rappellent mes voisins de la Place des Fête dans le 19ème. La communauté juive de Buenos Aires est la plus importante de toute l'Amérique du Sud, elle a ses synagogues, ses écoles ect. Je n'ai pas l'impression qu'il y ait des problèmes de cohabitation entre les religions.
Buenos Aires a aussi ses mosquées, ces centres culturels où on peut y apprendre l'arabe, les danses traditionnelles orientales etc.

En raison de cette ascendance venue de loin, de la vieille Europe, certains argentins s'estiment supérieurs, n'ayons pas peur des mots, à leurs voisins plus "métissés". Ils se comportent donc en rois du pétrole (encore plus avant la crise de 2001) quand ils voyagent à l'étranger, et se font donc détester en retour, normal. D'ou toutes les blagues qui circulent en Amérique du Sud sur les Argentins et leur narcisisme légendaire, l'Argentin qui croit que l'éclair de l'orage est un flash de photographe ect ect... Algo habran hecho, no ?
Bien sûr il y a les Argentins d'origine indigène, mais beaucoup moins présents dans la capitale qu'au Mexique, au Pérou ou en Bolivie. Ils sont minoritaires dans le centre de Buenos Aires, et pas besoin de faire un dessin, largement majoritaires dans les quartiers pauvres et les bidonvilles, et comme toujours quasi inexistants dans les médias, les publicités, les films... Plus on se rapproche des Andes et du Chili ou du nord et de la Bolivie, plus les origines indigènes sont présentes. Comme très souvent, il n'est pas très bien vu d'etre un peu trop bronzé donc on préfèrera donner un emploi à un Argentin aux yeux bleux qu'à un Salteno un peu trop foncé "morocho". Il y a ici ce même sentiment de malinchismo qu'au Mexique (certes dans une moindre mesure), c'est a dire ce sentiment d'infériorité par rapport à l'étranger, à l'Europeen et au blanc de peau en géneral, qui m'ecoeure toujours autant. J'ai vu plusieurs fois des américains au Mexique ou des européens ici à Buenos Aires passer devant des locaux pour rentrer en boite de nuit, parce qu'on leur proposait, et que leur présence et leur monnaie étrangère étaient considérées un "honneur" pour l'établissement je présume...
Il y a aussi des descendants d'esclaves Noirs, très peu nombreux, et encore moins reconnus par la société argentine.

Quant aux étrangers, les quelques chiliens et Brésiliens que je connais sont étudiants, ce n'est pas une migration "économique" mais plutôt éstudiantile de familles aisées. Ils viennent faire un pas de tango et repartent chez eux, en géneral contents de rentrer d'ailleurs. Une chilienne me disait que Buenos Aires était trop désordonnée pour elle, qu'au Chili les choses filent plus droit, sûrement une histoire de dosage entre sang chaud italien et sang germanique ! Une brésilienne me disait que Buenos Aires, c'est "tudo bem", "buena onda" et tout ce qu'on voulait mais que quand même, l'allégresse permanente de ses compatriotes lui manquait. Comme quoi ce n'est pas un mythe, la lambada, la plage en string et le reste, ca rend vraiment les gens plus heureux faut croire. Enfin je trouve bizzare quand même que la culture, la cuisine, la musique brésiliennes ne soient pas plus représentées que ça à Buenos Aires, sûrement parce qu'il y a plus de Brésiliens à Paris qu'ici. Ces 2 pays géants semblent s'ignorer, sauf pendant les matches de foot.
Beaucoup d'Uruguayens sont à Buenos Aires, pour eux c'est une ville accessible en quelques heures de bateau en traversant le delta du fleuve de la Plata. On voit des affiches en ce moment dans la ville qui leur rappellent d'aller voter pour les élections présidentielles de leur pays.
On rencontre aussi des Colombiens, que les mauvaises langues accusent d'être les barons de la drogue ici, comme si les Argentins ne savaient pas se débrouiller tous seuls comme des grands en la matiere... Pauvres petits argentins si bons et si purs que les cousins colombiens viennent pervertir...
Mais les minorités les plus visibles comme on dit, et qui se reconnaissent à coup sûr, ce sont les voisins andins, les Péruviens et les Boliviens, et les Asiatiques (que je n'ose appeler chinois même si ca me sort naturellement, parce qu'en fait je n'en sais fichetrement rien d'où ils viennent exactement). Je n'ai jamais parlé à ces derniers, pas plus à eux qu'à mes voisins de pallier bellevillois à Paris, eux qui cernaient ma boite au lettre -au nom bizzarement si francais- de leurs signes et caractères incompréhensibles, et me faisaient me sentir davantage a Shangai ou à Beijing qu'à Paris. Je retrouve les Asiatiques uniquement dans les petits et moyens supermarchés de la ville, ouverts tous les jours, le dimanche, le soir tard... Les rois du commerce, sans l'ombre d'un doute, c'est eux. Je vois les Boliviens et les Péruviens surtout dans les magasins de fruits et legumes et les boucheries. Ceux chez qui je vais dans mon quartier connaissent déja mon prénom ! C'est drôle, est-ce parce que nous sommes étrangers eux comme moi que la complicité s'installe vite ? Je pense que c'est surtout parce que je suis assez curieuse de savoir d'où ils viennent, donc j'ai vite lié connaissance. Avec un peu de chance, je suis passée près de leur ville ou village lors d'un voyage antérieur. Et que discuter quelques secondes d'Arequipa ou de Mancora me replonge dans des moments fabuleux passés au Perou avec ma Sophie, et me redonne envie de revenir la-bas manger un ceviche face a l'océan pacifique... ! Tout ceci m'amène donc régulierement à dire "je descends chez le Bolivien" comme j'allais chez l'Arabe à Paname ou chez l'Indien...
Enfin, on rencontre exceptionnellement aussi des Africains, venus du Mali et des alentours. Quand je peux je leur glisse quelques mots en Francais, comme ca pour voir, et ça ne rate pas, à chaque fois je les fais sourire et ils me répondent dans ma langue maternelle !

15 juin 2009

d'autres blogs

2 blogs que je conseille, de photos et de voyages, sur l'Argentine et les pays voisins, de 2 copains

celui de Jason, un photographe canadien jasonlang.blogspot.com
voir toutes les photos depuis le début de son séjour
puis cliquer au fur et à mesure sur Newer Posts pour remonter jusqu'aux dernières photos

et celui d'Ethel, une Bretonne rencontrée pendant ma semaine en Uruguay et qui vit à Buenos Aire aussi : http://unregardnouveau.blogspot.com/
à lire depuis le début

6 juin 2009

Porque soy fanatica de Andrés...

Pour faire connaître Andrés Calamaro à celles et ceux à qui ce nom n'évoque rien, écoutez ça !
Ponte du rock argentin, star nationale, star en Espagne, je suis une fan inconditionnelle, lo quiero, lo adoro, lo admiro, lo escucho siempre, me hace bailar y llorar a la vez, me encanta !!!
Je rêve de le voir en concert, et le 12 décembre prochain, enfin, j'y serai...
http://www.calamaro.com










31 mai 2009

Ciao Carmela !


Carmela sur le passeport, mais Carmen pour tous, voire Tana pour les portenos, c'était ma coloc ici, rencontrée un jour de Noël à Rio de Janeiro il y a quelques hivers, et qui par coïncidence, ou parce que c'était écrit, s'est retrouvée à Buenos Aires en même temps que moi. Cette semaine, elle nous a laissé un lit vide à la maison et c'est un peu d'Italie qui est partie avec elle. Elle nous a quittées pour rejoindre ses amis à Rome, l'été de l'hémisphère nord, sa plage de Salerno, ses cannelonis et sa mozzarella, grand bien lui fasse, hija de p...
Bombon méditerranéen 100% made in Italy, venu tout droit d'un paradis du sud, la côte amalfitaine, un caractère à faire bouillir l'huile d'olive, le regard napolitain qui tue et qui a laissé plus d'un Argentin sur le bas côté, un sourire à faire taire les grillons, un cliché à elle toute seule, et c'est pour ça que je l'aime, hija de p...
Carmen est sur son fuseau horaire à elle, c'est à dire une bonne heure et demi après les autres, et dieu sait que j'ai eu maintes fois envie de la jeter par la fenêtre à cause de ça, hija de p....
Carmen parle espagnol avec un accent portugais et quelques mots d'italien au milieu, et moi, crédule, je m'imagine en l'écoutant apprendre de nouveaux mots ! Une hija de p... je vous le dis.
Elle est une multilingue qui m'impressionne, elle parle indifféremment son dialecte italien avec sa famille, l'italien, l'espagnol, le portugais, lutte un peu en français et en anglais mais se débrouille quand même et a des souvenirs d'allemand.
Elle imite le porteno chamuyero comme personne.
Carmen ne monte jamais dans un ascenseur toute seule et sonne donc l'interphone quand elle arrive à la maison, et moi, bonne poire, je descends la chercher pour remonter avec elle. Véridique.
Avant de sortir de la maison, Carmen n'oublie jamais d'embrasser la photo de son Saint qui trône dans notre cuisine (San Expedito, le saint des causes urgentes), pour qu'il lui porte chance.
Elle se met exceptionnellement une montre pour aller à la messe de Pâques. Pour aller voir le curé, ça fait riche, bon genre, c'est bien connu...
Elle m'a fait connaître son amie Nicla, une autre italienne, une autre cuisinière hors pair, avec qui je vis encore. Une autre belle rencontre qui me fait penser que je ne suis pas ici par hasard.
Elle m'a fait découvrir avec ses copines compatriotes les plus belles chansons de leur pays et je leur en suis tellement reconnaissante.

video

Elle cuisine les pâtes comme seuls les Ritals savent le faire, et se demande encore pourquoi je ne touchais jamais les casseroles...
Elle a le don de faire monter les larmes aux yeux aux Argentins quand elle parle en italien, parce que ça leur rappelle leur grands parents.
Elle est toute fière qu'ici les descendants d'Italiens du Sud connaissent son bled, alors que les Milanais ne savent même pas qu'il existe.
Elle veut rentrer en Italie le matin, voudrait bien revenir à Londres à midi, déclare l'après-midi qu'elle ne s'est jamais sentie aussi bien qu'au Brésil mais le soir venu, après quelques verres de vin, perchée sur ses chaussures de tango, décrète que non, en septembre, c'est à Buenos Aires qu'elle reviendra... Encore un oiseau migrateur un peu déboussolé, on se comprend...
Soudainement, depuis son départ, mes affaires que je croyais perdues réapparaissent comme par magie, après un petit tour par son armoire, hija de p...

Difficile d'expliquer comment 3 mois à vivre ensemble, à l'autre bout du monde et de nos vies d'avant, suffisent à nouer une amitié si forte, mais les faits sont là, Carmencita sera toujours près de moi quand j'écouterai cette chanson. Buen viaje, te espero de vuelta, hija de p...