23 juin 2009

Chez le Bolivien


Buenos Aires est un peu comme une tour de Babel , on y trouve tous les pays d'Europe et d'Orient dans les veines de ses habitants, et on y croise ses voisins de l'Amérique du Sud, mais aussi des Asiatiques et des Africains.

Pour parler de la population de Buenos Aires, quand on est habitué aux grandes villes européennes, le centre la capitale semble extrêmement "blanc", tel un cocktail d'Europe occidentale parachuté dans les années 1900 et que l'on aurait coincé au fin fond de l'Amerique du Sud pour observer ce que tous ces pays mélangés entre eux pouvaient donner 100 ans après. Les Portenos se sentent très fiers de leurs origines venues d'ailleurs, du grand père italien, de la grand-mère syrienne, de leur nom de famille français, de leurs ancêtres juifs polonais, de la mama espagnole... Beaucoup, pour être petit-fils/filles ou fils/filles d'Espagnols ou d'Italiens, ont le double passeport et double nationalité, et peuvent donc venir travailler ou étudier en Europe sans problème, en étant complètement légal. C'est même d'ailleurs un business pour les avocats, on voit beaucoup de bureaux ici qui s'occuppent de d'obtenir la nationalité italienne ou espagnole pour leurs clients auprès des consulats. Ici c'est courant de rencontrer des Argentins dont chaque grand-parent ou parent est d'un pays différent et de continents si éloignés. Un dicton dit "Les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens des Incas, les Argentins des bateaux."



Pays largement catholique, on trouve de nombreuses églises dans la ville, des cathédrales, à l'architecture beaucoup plus moderne que chez nous forcément. Par chance les Argentins n'ont pas le même rapport à la religion qu'au Mexique, ils n'ont pas ce fatalisme et cette abnégation aveugles et ils me semblent plus modérés. J'en vois qui se signent quand ils passent devant une église, qu'ils soient en voiture, dans un bus, ou en marchant.
Calle Uriburu, dans le Once, j'ai retrouvé les Juifs orthodoxes tout de noir vêtus qui me rappellent mes voisins de la Place des Fête dans le 19ème. La communauté juive de Buenos Aires est la plus importante de toute l'Amérique du Sud, elle a ses synagogues, ses écoles ect. Je n'ai pas l'impression qu'il y ait des problèmes de cohabitation entre les religions.
Buenos Aires a aussi ses mosquées, ces centres culturels où on peut y apprendre l'arabe, les danses traditionnelles orientales etc.

En raison de cette ascendance venue de loin, de la vieille Europe, certains argentins s'estiment supérieurs, n'ayons pas peur des mots, à leurs voisins plus "métissés". Ils se comportent donc en rois du pétrole (encore plus avant la crise de 2001) quand ils voyagent à l'étranger, et se font donc détester en retour, normal. D'ou toutes les blagues qui circulent en Amérique du Sud sur les Argentins et leur narcisisme légendaire, l'Argentin qui croit que l'éclair de l'orage est un flash de photographe ect ect... Algo habran hecho, no ?
Bien sûr il y a les Argentins d'origine indigène, mais beaucoup moins présents dans la capitale qu'au Mexique, au Pérou ou en Bolivie. Ils sont minoritaires dans le centre de Buenos Aires, et pas besoin de faire un dessin, largement majoritaires dans les quartiers pauvres et les bidonvilles, et comme toujours quasi inexistants dans les médias, les publicités, les films... Plus on se rapproche des Andes et du Chili ou du nord et de la Bolivie, plus les origines indigènes sont présentes. Comme très souvent, il n'est pas très bien vu d'etre un peu trop bronzé donc on préfèrera donner un emploi à un Argentin aux yeux bleux qu'à un Salteno un peu trop foncé "morocho". Il y a ici ce même sentiment de malinchismo qu'au Mexique (certes dans une moindre mesure), c'est a dire ce sentiment d'infériorité par rapport à l'étranger, à l'Europeen et au blanc de peau en géneral, qui m'ecoeure toujours autant. J'ai vu plusieurs fois des américains au Mexique ou des européens ici à Buenos Aires passer devant des locaux pour rentrer en boite de nuit, parce qu'on leur proposait, et que leur présence et leur monnaie étrangère étaient considérées un "honneur" pour l'établissement je présume...
Il y a aussi des descendants d'esclaves Noirs, très peu nombreux, et encore moins reconnus par la société argentine.

Quant aux étrangers, les quelques chiliens et Brésiliens que je connais sont étudiants, ce n'est pas une migration "économique" mais plutôt éstudiantile de familles aisées. Ils viennent faire un pas de tango et repartent chez eux, en géneral contents de rentrer d'ailleurs. Une chilienne me disait que Buenos Aires était trop désordonnée pour elle, qu'au Chili les choses filent plus droit, sûrement une histoire de dosage entre sang chaud italien et sang germanique ! Une brésilienne me disait que Buenos Aires, c'est "tudo bem", "buena onda" et tout ce qu'on voulait mais que quand même, l'allégresse permanente de ses compatriotes lui manquait. Comme quoi ce n'est pas un mythe, la lambada, la plage en string et le reste, ca rend vraiment les gens plus heureux faut croire. Enfin je trouve bizzare quand même que la culture, la cuisine, la musique brésiliennes ne soient pas plus représentées que ça à Buenos Aires, sûrement parce qu'il y a plus de Brésiliens à Paris qu'ici. Ces 2 pays géants semblent s'ignorer, sauf pendant les matches de foot.
Beaucoup d'Uruguayens sont à Buenos Aires, pour eux c'est une ville accessible en quelques heures de bateau en traversant le delta du fleuve de la Plata. On voit des affiches en ce moment dans la ville qui leur rappellent d'aller voter pour les élections présidentielles de leur pays.
On rencontre aussi des Colombiens, que les mauvaises langues accusent d'être les barons de la drogue ici, comme si les Argentins ne savaient pas se débrouiller tous seuls comme des grands en la matiere... Pauvres petits argentins si bons et si purs que les cousins colombiens viennent pervertir...
Mais les minorités les plus visibles comme on dit, et qui se reconnaissent à coup sûr, ce sont les voisins andins, les Péruviens et les Boliviens, et les Asiatiques (que je n'ose appeler chinois même si ca me sort naturellement, parce qu'en fait je n'en sais fichetrement rien d'où ils viennent exactement). Je n'ai jamais parlé à ces derniers, pas plus à eux qu'à mes voisins de pallier bellevillois à Paris, eux qui cernaient ma boite au lettre -au nom bizzarement si francais- de leurs signes et caractères incompréhensibles, et me faisaient me sentir davantage a Shangai ou à Beijing qu'à Paris. Je retrouve les Asiatiques uniquement dans les petits et moyens supermarchés de la ville, ouverts tous les jours, le dimanche, le soir tard... Les rois du commerce, sans l'ombre d'un doute, c'est eux. Je vois les Boliviens et les Péruviens surtout dans les magasins de fruits et legumes et les boucheries. Ceux chez qui je vais dans mon quartier connaissent déja mon prénom ! C'est drôle, est-ce parce que nous sommes étrangers eux comme moi que la complicité s'installe vite ? Je pense que c'est surtout parce que je suis assez curieuse de savoir d'où ils viennent, donc j'ai vite lié connaissance. Avec un peu de chance, je suis passée près de leur ville ou village lors d'un voyage antérieur. Et que discuter quelques secondes d'Arequipa ou de Mancora me replonge dans des moments fabuleux passés au Perou avec ma Sophie, et me redonne envie de revenir la-bas manger un ceviche face a l'océan pacifique... ! Tout ceci m'amène donc régulierement à dire "je descends chez le Bolivien" comme j'allais chez l'Arabe à Paname ou chez l'Indien...
Enfin, on rencontre exceptionnellement aussi des Africains, venus du Mali et des alentours. Quand je peux je leur glisse quelques mots en Francais, comme ca pour voir, et ça ne rate pas, à chaque fois je les fais sourire et ils me répondent dans ma langue maternelle !

15 juin 2009

d'autres blogs

2 blogs que je conseille, de photos et de voyages, sur l'Argentine et les pays voisins, de 2 copains

celui de Jason, un photographe canadien jasonlang.blogspot.com
voir toutes les photos depuis le début de son séjour
puis cliquer au fur et à mesure sur Newer Posts pour remonter jusqu'aux dernières photos

et celui d'Ethel, une Bretonne rencontrée pendant ma semaine en Uruguay et qui vit à Buenos Aire aussi : http://unregardnouveau.blogspot.com/
à lire depuis le début

6 juin 2009

Porque soy fanatica de Andrés...

Pour faire connaître Andrés Calamaro à celles et ceux à qui ce nom n'évoque rien, écoutez ça !
Ponte du rock argentin, star nationale, star en Espagne, je suis une fan inconditionnelle, lo quiero, lo adoro, lo admiro, lo escucho siempre, me hace bailar y llorar a la vez, me encanta !!!
Je rêve de le voir en concert, et le 12 décembre prochain, enfin, j'y serai...
http://www.calamaro.com










31 mai 2009

Ciao Carmela !


Carmela sur le passeport, mais Carmen pour tous, voire Tana pour les portenos, c'était ma coloc ici, rencontrée un jour de Noël à Rio de Janeiro il y a quelques hivers, et qui par coïncidence, ou parce que c'était écrit, s'est retrouvée à Buenos Aires en même temps que moi. Cette semaine, elle nous a laissé un lit vide à la maison et c'est un peu d'Italie qui est partie avec elle. Elle nous a quittées pour rejoindre ses amis à Rome, l'été de l'hémisphère nord, sa plage de Salerno, ses cannelonis et sa mozzarella, grand bien lui fasse, hija de p...
Bombon méditerranéen 100% made in Italy, venu tout droit d'un paradis du sud, la côte amalfitaine, un caractère à faire bouillir l'huile d'olive, le regard napolitain qui tue et qui a laissé plus d'un Argentin sur le bas côté, un sourire à faire taire les grillons, un cliché à elle toute seule, et c'est pour ça que je l'aime, hija de p...
Carmen est sur son fuseau horaire à elle, c'est à dire une bonne heure et demi après les autres, et dieu sait que j'ai eu maintes fois envie de la jeter par la fenêtre à cause de ça, hija de p....
Carmen parle espagnol avec un accent portugais et quelques mots d'italien au milieu, et moi, crédule, je m'imagine en l'écoutant apprendre de nouveaux mots ! Une hija de p... je vous le dis.
Elle est une multilingue qui m'impressionne, elle parle indifféremment son dialecte italien avec sa famille, l'italien, l'espagnol, le portugais, lutte un peu en français et en anglais mais se débrouille quand même et a des souvenirs d'allemand.
Elle imite le porteno chamuyero comme personne.
Carmen ne monte jamais dans un ascenseur toute seule et sonne donc l'interphone quand elle arrive à la maison, et moi, bonne poire, je descends la chercher pour remonter avec elle. Véridique.
Avant de sortir de la maison, Carmen n'oublie jamais d'embrasser la photo de son Saint qui trône dans notre cuisine (San Expedito, le saint des causes urgentes), pour qu'il lui porte chance.
Elle se met exceptionnellement une montre pour aller à la messe de Pâques. Pour aller voir le curé, ça fait riche, bon genre, c'est bien connu...
Elle m'a fait connaître son amie Nicla, une autre italienne, une autre cuisinière hors pair, avec qui je vis encore. Une autre belle rencontre qui me fait penser que je ne suis pas ici par hasard.
Elle m'a fait découvrir avec ses copines compatriotes les plus belles chansons de leur pays et je leur en suis tellement reconnaissante.

video

Elle cuisine les pâtes comme seuls les Ritals savent le faire, et se demande encore pourquoi je ne touchais jamais les casseroles...
Elle a le don de faire monter les larmes aux yeux aux Argentins quand elle parle en italien, parce que ça leur rappelle leur grands parents.
Elle est toute fière qu'ici les descendants d'Italiens du Sud connaissent son bled, alors que les Milanais ne savent même pas qu'il existe.
Elle veut rentrer en Italie le matin, voudrait bien revenir à Londres à midi, déclare l'après-midi qu'elle ne s'est jamais sentie aussi bien qu'au Brésil mais le soir venu, après quelques verres de vin, perchée sur ses chaussures de tango, décrète que non, en septembre, c'est à Buenos Aires qu'elle reviendra... Encore un oiseau migrateur un peu déboussolé, on se comprend...
Soudainement, depuis son départ, mes affaires que je croyais perdues réapparaissent comme par magie, après un petit tour par son armoire, hija de p...

Difficile d'expliquer comment 3 mois à vivre ensemble, à l'autre bout du monde et de nos vies d'avant, suffisent à nouer une amitié si forte, mais les faits sont là, Carmencita sera toujours près de moi quand j'écouterai cette chanson. Buen viaje, te espero de vuelta, hija de p...




29 mai 2009

Hijo de p...

Ca ne s'explique pas, j'ai beau le regarder 15 fois, je me marre encore et toujours !

21 mai 2009

Me enamore de este pais...

No te salves

No te quedes inmóvil
al borde del camino
no congeles el júbilo
no quieras con desgana
no te salves ahora
ni nunca
no te salves
no te llenes de calma
no reserves del mundo
sólo un rincón tranquilo
no dejes caer los párpados
pesados como juicios
no te quedes sin labios
no te duermas sin sueño
no te pienses sin sangre
no te juzgues sin tiempo

pero si
pese a todo
no puedes evitarlo
y congelas el júbilo
y quieres con desgana
y te salvas ahora
y te llenas de calma
y reservas del mundo
sólo un rincón tranquilo
y dejas caer los párpados
pesados como juicios
y te secas sin labios
y te duermes sin sueño
y te piensas sin sangre
y te juzgas sin tiempo
y te quedas inmóvil
al borde del camino
y te salvas
entonces
no te quedes conmigo.

Mario Benedetti

12 mai 2009

la Mama en Argentina




A l'heure où j'écris ces lignes, ma mère vole très haut dans le ciel et retourne au bercail, dans notre Gascogne. 17 jours et nuits avec moi à parcourir Buenos Aires, un peu d'Uruguay, Cordoba et les terres de la pampa argentine. Drôle sensation que de recevoir ma mère dans un nouveau chez moi dans une ville qui ne m'est pas complètement familière. Drôle sensation que de faire la mama à mon tour, la surveiller, la contrôler "Et tu sais aller là-bas toute seule ? Tu ne vas pas te perdre? Tu ne sais même pas demander ton chemin !" Mais surtout quelle fierté de la voir venir jusqu'ici, toute seule comme une grande qu'elle est, du haut de ses 1,50m !
" Fanny un vol à 500 euros je ne vais pas rater ça !!! Je viens maintenant même si tu n'es partie qu'il y a 3 mois !""Oui maman..."

Pour la famille et les amis, je dresse un résumé best-of de son séjour mémorable ! Pour les autres, vous allez connaître le phénomène...

Ma mère
- a eu l'extrême gentillesse de venir la valise pleine de toutes les bonnes choses ou presque que j'avais commandées à Maman Noël
- a enfin laisser friser ses cheveux, fini les éternels brushings, vive les boucles, et ça lui va carrément bien. Ce qui est bizzare, c'est qu'il s'est passé la même chose pour moi ici et que c'est depuis que je suis à Buenos Aires que je fais un peu Tina Turner au réveil...
- a pris son premier repas en Argentine dans mon restaurant péruvien préféré, pas très typique argentin tout ça mais c'est mon resto QG, kitsch et traditionnel à souhait, idéal pour s'en mettre plein le cornet d'un bon ceviche (Sophie je t'y emmèrerai c'est promis!)
- a adoré mes colocs italiennes Carmen et Nicla, a longuement écouté nos histoires de coeur et autres égarements avec les mâles autochtones, a connu mes amis et dîné chez M qu'elle avait reçu chez elle 2 ans plus tôt
- s'est sentie comme une reine dans sa chambre rose et comme chez elle à Buenos Aires dès le 2ème jour"Fanny c'est très facile Buenos Aires !" me dit-elle après s'être promenée toute seule une matinée
- a adoré l'Ateneo, ce magnifique théâtre reconverti en une des plus belles librairies du monde, où l'on peut prendre un café sur la scène
- en bonne bibliothécaire, a pris en photos toutes les bibliothèques qu'elle a croisées sur son chemin
- a bénéficié chez Carrefour sans le faire exprès de 10% de réduc accordés aux retraités "Comment ? Je fais si retraitée que ça ?" Elle a tiré un peu la tronche mais après elle en a bien rigolé
- a fait une cure de viande et a élu la pizza Ideal Guerin la meilleure de sa vie
- a aussi trouvé que les Argentins sont d'une gentillesse et d'un accueil hors du commun
- s'est parfois sentie comme au Mexique, lorsqu'elle était venue me voir là-bas il y a 9 ans déjà
- a enfin connu la famille de sa belle-fille, les cousins éloignés des Rigou mais n'a pas trouvé la trace de l'oncle de son père parti en Argentine au début du siècle dernier
- a découvert en vrac San Telmo, le Micro Centro, le quartier du Congreso, Recoleta, la Boca, la feria du livre, le jardin botanique de Palermo, Puero Madero, les îles du Tigre, le Malba, le musée de l'Immigration, le musée d'Eva Peron, Colonia en Uruguay, Cordoba, Alta Gracia, le musée du Che Guevara "Mais qu'est-ce qu'il était beau quand il était jeune !" et le village de la Cumbre
- a bien rigolé des Uruguayens qui se baladent tous avec leur thermos
- a eu droit a une visite privée d'une estancia jésuite fermée au public, juste parce qu'on a sympatisé avec la directrice qui voyageait dans le même bus que nous "Ca n'arrive qu'à nous ces choses là !"
- s'est fait draguer ouvertement !
- a assité à des spectacles de tango, de flamenco, de folklore argentin, a écouté du jazz et même ma copine Laura chanter a la Catedral !
- a pris le métro, le taxi, le collectivo (bus de ville), le ferry pour aller en Uruguay, la péniche sur le delta du Tigre, le bus de luxe pour aller à Cordoba "Mais c'est mieux que l'avion ! Un repas chaud, un steward, des sièges inclinables à 180 ° et même un whisky avant de dormir !"
- malgré son dictionnaire de poche, n'a appris que 2 mots d'espagnols en 17 jours : "hola", "gracias"... Bientôt bilingue la madre ! Elle s'est un peu perdue aussi à la maison entre l'italien et l'espagnol
- est dégoûtée parce qu'elle n'a pas ramené d'artisanat "Non Maman, ici ce n'est pas Madagascar, mais tes copines comprendront"
-internaute assidue depuis 10 ans, a pu se connecter tous les jours à Wanadoo et à Facebook, à son grand soulagement
- la soixantaine pimpante, a voulu sortir et faire qqch tous les soirs, TOUS, quand moi je m'écroulais, et me décrétait à 8h30 tous les matins, TOUS, qu'elle n'était pas en vacances pour dormir. Elle se porte aussi comme un charme après une nuit en bus "Comment, tu veux faire une sieste maintenant ?" et ne connaît pas le décalage horaire ou la fatigue après un voyage de 14h en avion. Elle me met KO !
- a pris une montagne de photos que je devais systématiquement tous les jours copier sur mon ordinateur et sa clé USB au cas où...Vous avez dit ch...? Nooooo !
- a connu une panne de péniche à Tigre et le trajet de collectivo le plus long de l'histoire (2h) par la faute de sa fille qui s'était mélangé les pédales dans son guia T
- a envoyé 21 cartes postales. 21. "Parce que tu comprends, moi j'en reçois toujours de X, Y..."
- pensait qu'elle ne referait plus de cheval (la dernière fois c'était il y a 30 ans) et n'aurait jamais cru non plus qu'elle ferait un jour du parapente avec sa fille. Et pourtant...
- va se moucher en me lisant, je la connais, j'ai hérité de cette même incontinence lacrymale, récurrente et irrépressible, si incommodante parfois et malheureusement incurable ! Tsimanin !
- va crâner un max à son retour c'est certain, et elle aura de quoi
Maman je ne dirai qu'un seul mot qui marche dans les 2 langues : BRAVO !!! Et un dernier pour la route : TE QUIERO ! (cherche un peu dans ton dictionnaire, ça te fera les pieds...)

PS : Merci aux Blanchets et à Michèle qui me lisent pour veiller toujours sur Zoë et François en son absence !
PS bis : pour en savoir plus sur la Mama de l'Expat, lire Patxi ici et , si bien écrit et tellement drôle, ma mère aussi est fan et s'est reconnue !

5 mai 2009

Que lindo debe ser de viajar...


Qu'est ce que cela doit-être beau de voyager ! Beaucoup d'Argentins me le disent, ceux qui n'ont pas eu la chance de le faire avant la crise de 2001. C'est d'ailleurs injuste, dans une même famille, les Argentins trentenaires ont parcouru parfois l'Europe entière quand leur peso équivalait alors à un dollar, tandis que leurs petits frères ou petites soeurs nés dans les années 80 sont allés au mieux en Uruguay et ne sont pas près d'aller beaucoup plus loin dans les années à venir...
Quand on me demande où j'ai voyagé avant de vivre ici, j'en suis gênée. Comment leur expliquer la chance que nous avons nous, les Européens, les Occidentaux du primer mundo comme ils nous appellent, toutes ces facilités qui nous semblent si acquises et si "normales": X semaines de congés payés, RTT parfois, euros dans tous les cas, billets d'avion bon marché... Mais là n'est pas mon propos ce soir. Je voulais vous raconter une belle rencontre, une de celles qui me font penser que je suis où je dois être, que Buenos Aires n'a pas fini de me surprendre et de m'émouvoir.
Mardi dernier, tandis que j'étais dans une file avec ma mère pour aller voir un spectacle de folklore au Centro Cultural Rojas, une mamie devant moi se retourna et m'adressa la parole, sous le prétexte que selon elle je n'étais pas assez couverte, que j'allais prendre froid etc etc, une petite vieille toute douce qui vraisemblablement manquait de compagnie et d'affection. Elle fit alors le récit de sa vie, de ses jeunes années en Patagonie, de ses parents qui moururent jeunes, et de son arrivée à Buenos Aires quand elle avait 20 ans, de sa vie passée à vendre des vêtements dans le quartier du Once, de son frère avocat et de sa soeur eux aussi décédés. Quand elle comprit que nous étions françaises, elle nous raconta qu'elle avait toujours rêvé de voyager et d'aller en Europe, mais que maintenant elle était trop vieille pour le faire. Elle conclut en me disant: "Que lindo debe ser de viajar, yo voy a morir sin haber visto el mundo" (Qu'est ce que cela doit-être beau de voyager ! Moi je vais mourir sans avoir vu le monde). Soudainement ces paroles résonnèrent en moi et je me suis souvenu avoir écouté la même histoire lorsque, venant de l'aéroport, je m'étais installée avec mes 2 grosses valises et mes multiples sacs au bar Habana à l'angle de Corrientes et d'Uriburu, le samedi 7 février dernier, vers 17h. La même mamie, sa curiosité à mon égard à la vue de mes bagages, ses questions, ses yeux bleus, et cette même phrase qu'elle m'avait répétée plusieurs fois et de mon impuissance... Oui, elle mourirait sans avoir vu le monde.

Elle fut avec la première personne à qui j'ai adressé la parole le jour de mon arrivée à Buenos Aires et je la retrouvais dans cette file 3 mois plus tard ! Le temps d'arriver, de m'installer, de rencontrer, de connaître, de rire beaucoup, de verser quelques larmes aussi et de la croiser à nouveau sur mon chemin. Elle me reconnut à son tour, et sa surprise fut au moins aussi grande que la mienne. Elle était toute émue et toute contente que je me sois souvenue d'elle, car qui se souvient d'une petite vieille orpheline qui vendit toute sa vie des vêtements dans le Once ?

29 avril 2009

Alors, vous venez quand ?

Il vous suffira de montrer patte blanche...

Et je vous montrerai...

et le reste !

23 avril 2009

Chocolat chaud mode d'emploi : el submarino



21 avril 2009

Les porteños sont des crâneurs...


Comme s'il fallait en plus en rajouter, comme si l'Argentin au naturel n'était pas assez..., enfin, j'me comprends ! Parce que les porteños sont des crâneurs et les porteñas des reines de la mode et de l'apparat, un petit 18 degrès et hop, on sort ses habits d'hiver, parce que vous comprenez, maintenant, il fait "froid" et il ne faudrait pas trop tarder pour exhiber ses gambettes toutes de cuir vêtues, même encore bronzées.
Ça avait commencé la semaine dernière avec quelques filles qui portaient des bottes, des "originales" je pensais. Hier, morte de rire, j'ai vu les premières polaires et écharpes alors que j'étais en gilet. Et aujourd'hui, le comble, la goutte d'eau qui fait déborder le vase et mon blog, j'ai vu un homme avec un bonnet... Oui, un bonnet ! Quelle provocation ! Un accessoire inoffensif vu comme ca, mais qui, porté sur la gent masculine, m'a toujours troublée au plus haut point...

Vous prenez un porteño de base - donc 9 chances sur 10 qu'il soit carrément pas moche-, vous lui rajoutez un bonnet et un regard balladeur - c'est un pléonasme en Argentine -, qui donc croise le votre, car bien évidemment vous ne regardez pas vos pieds en marchant... Mama mia, c'est une expérience à vivre que je recommande à toutes !

Cholocate amargo por favor !


Ici c'est la phrase magique, que je prononcais une fois par jour en février et mars (maintenant une fois tous les 3 jours seulement). Chocolat amer s'il vous plait. Avec parfois une variante : "y mascarpone". Parce que j'ai compris que meme le format minimum, à 4 pesos, te donne droit à 2 saveurs. Cela donne donc mascarpone en bas et chocolat amer en haut, parce qu'il y en a davantage en haut donc j'ai encore plus de chocolat...

Ici les glaces, "helados", sont une coutume à part entière de la gastronomie argentine, en bonne héritière de la dolce vita italienne. Ici, comme on a son club de foot favori, on a son glacier préféré. Ma copine Christina ne jure que par les Persico, mais accepte quand meme d'aller à Volta ou Freddy. Ces 3 chaines ont envahi les rues de Buenos Aires. Moi je ne suis pas puriste, et je préfère meme aller chez les "indépendants", tous les autres glaciers qui ont pignon sur rue et qui me font hésiter toutes les 3 cuadras jusqu'à que je ne tienne plus et que je reparte avec systématiquement la meme, toujours et encore, la glace Fanny, ce qui fait dire à mes copines à juste titre que je suis obsessionnelle. Toujours près de moi, à portée de monnaie, fidèle, réconfortante et qui jamais ne decoit, la GLACE !

Ce soir, un pas a ete franchi dans mon intégration à la vie porteña, j'ai commandé pour la première fois de la glace par téléphone !!! Comme ca, sans y réfléchir 2 fois, comme j'aurai fumé une petite menthol, j'ai commandé plutot un dessert à domicile pour mes amis et moi, et je leur ai dit, telle une baronne, "les cocos, je vous invite" ! Un luxe inoui me semble-t-il, mais ici rien de plus normal que de décrocher son téléphone à 11h du soir et d'énoncer ces fameuses saveurs indispensables à la bonne digestion d'une empanada !

ps : Mamounette, dans quelques jours, tu y as droit ! Et tu pourras craner un max à ton retour au bercail et en mettre plein la vue aux Gersois(es) !


8 avril 2009

Promotetas

Surtout tu ne t'éloignes pas trop du stand, c'est pas grave si tu es habillée ridiculement court, que ta jupe est vulgaire, tu fais un grand sourire aux Monsieurs, c'est même pour ça qu'on te (sous)paye, même si tu as encore un appareil dentaire, que ta décoloration mériterait une retouche aux racines, que tes seins débordent un peu trop du décolleté, mieux vaut trop que pas assez comme on dit, hein !

Cet après-midi je me suis retrouvée, j'ai pas encore vraiment compris ni comment ni pourquoi, à accompagner une collègue à l'EMAQH 09 "Exposicion Internacional de laMaquina Herramienta, Herramientas y Afines", en gros un salon industriel présentant des machines énormes dont j'ignore totalement l'usage. Un salon destiné aux ingénieurs et techniciens je présume, un monde d'hommes qui vend à des hommes. Térésa et moi nous sentions comme des OVNIS et une race à part au milieu d'eux et de cet univers de mâles. Jusqu'à que je les vois, elles, ces créatures sorties de série Z ou de clips de reggaeton. Et là je me suis sentie appartenir à une espèce à "protéger", du moins à réhabiliter, les femmes.

Chaque stand en avait, la "sienne", les "leurs", car on parle bien d'ici d'un outil, de vente et de décoration. Ce n'est pas une exclusivité argentine, j'ai vu les mêmes en France, elles sont dans tous les salons de la planète, sauf dans les pays arabes peut-être. Avec divers degrés de classe, de subtilité. La finalité reste la même malgré tout : une femme fait vendre, des yaourts, des voitures, même des machines outils, la preuve. Elle ne saura peut-être même pas le nom du produit, on ne lui a pas demandé de le retenir de toute façon, ni en quoi il est soi-disant meilleur que les autres, mais elle sait vous sourire, vous donner une petite décharge d'émotion pour vous Messieurs, vous faire oublier 2 secondes pourquoi vous êtes là, et c'est déjà pas mal. Elle saura s'effacer une fois le chaland appaté, et laisser les hommes travailler tranquilles.
Pas une femme en tailleur, ou dans une tenue qui puisse laisser penser qu'elle travaille dans ce domaine. Pas une de plus de 25 ans, pas une habillée autrement qu'en mini-mini-jupe ou en legging ultra moulant (c'est la dernière mode), avec des talons haut, une épaisse couche de maquillage pour masquer l'acné persistant de certaines post-pubères. Et surtout des seins, des seins et encore des seins à revendre, à pleine vue et à plein nez, tels des aimants, des bornes GPS, des phares pour bateaux perdus en mer, un petit souvenir qui vous rappellera ceux de maman et vous fera venir sur le stands à coup sûr, bouche ouverte, soudainement intéressé par la nouvelle fonction rotative de la perceuse Machin. Vous accepterez sans vous en rendre compte le prospectus qu'elle vous tend, et qui finira à l'arrière de votre voiture à côté su siège bébé. Le pire, c'est que ça marche, depuis la nuit des temps, que toute la planète l'a compris, et en Amérique du Sud un peu plus qu'ailleurs.

On les appelle ici "promotoras", elles promeuvent donc, sont sensées promouvoir une entreprise et ses produits, des "hôtesses" comme on dirait chez nous. Moi je pense qu'elles promeuvent surtout une image des femmes dépassée, très années 50, et qu'il serait temps de changer de tactique commerciale. Ce spectacle affligeant façon latino-kitch de cette minorité très très visible nous a bien fait rigoler, on a décerné la palme des plus gros seins, des meilleurs seins refaits, de la plus vulgaire, et le choix a été difficile car il y avait du niveau ! Mais au fond de moi je suis quand même attristée par ce machisme ambiant persistant. Les hormones doivent elles aller de pair avec le business?

Nouvelles habitudes


Déjà 2 mois que je suis à Buenos Aires et ce soir je pensais à mon nouveau train train. J'avais envie de le décrire car peut-être bientôt ce qui me surprend encore me paraîtra tout à fait normal.

J'ai donc dorénavant l'habitude, avec joie le plus souvent et parfois à contre-coeur :

- de boire du maté à la maison, uniquement quand c'est Fernando qui me le prépare ou anciennement avec M
- de lutter tous les jours pour trouver de la monnaie afin de payer mon ticket dans le collectivo (bus). Ce qui m'oblige à acheter un journal, des gâteaux, une boisson afin de récupérer les précieuses pièces dont la pénurie ici emmerde tous les habitants.
- de rencontrer des personnes nouvelles toutes les semaines
- de compter en peso et de trouver que certaines choses sont horriblement chères par rapport aux salaires d'ici
- de trouver que tout est moche et/ou trop cher dans les magasins de fringues et de ne plus faire de shopping
- d'entendre parler italien chez moi, de comprendre et de participer aux conversations en répondant en espagnol
- que Carmen m'appelle "amor"
- que mes meilleurs amis ici ne connaissent ni ma langue ni mon pays ni mes proches, pas plus que je connais les leurs, mais de les considérer quand même comme ma famille argentine
- de me rendre compte que je n'ai pas parlé francais de la journée, voire de 2 jours, voire plus. Heureusement que mon compatriote Pablo vit dans mon quartier, car le seul que j'ai près de moi
- de n'utiliser ma langue qu'à l'écrit, par mail
- d'acheter Pagina 12 le dimanche matin
- de manger de la viande midi et soir, très souvent
- de la saleté de ma rue, et de celle de beaucoup d'autres
- de me priver de tout un tas de choses et de marques qui me semblaient essentielles avant pour mon estomac ( les chocolatines, les Petits Ecoliers, le fondant au chocolat de Picard...)
- de ne plus calculer les distances en mètres ou en kilomètres mais en "cuadras", donc en pâtés de maison ou "block". Une cuadra dans une rue va du numéro 1 à 100, la "cuadra" suivante de 100 à 200 ect.
- de voir venir de très loin les Argentins "chamuyeros" (même si c'est souvent un pléonasme). Adjectif qui vient du verbe chamuyar : hablar o escribir con intención persuasiva, pero falazmente o sin argumentos sólidos. Sport national qui consiste à jouer du pipo et baratiner un max pour endormir le sexe opposé, sa femme, son boss, n'importe quelle personne que l'on a besoin de manipuler un temps soit peu... Je conseille d'ailleurs à tous la lecture instructive de ce blog :-) http://manualparachamuyarchicas.blogspot.com/
- de ne plus passer des heures au téléphone portable car le coût des communications en Argentine est exhorbitant, et donc de n'envoyer que des textos, tel l'adolescent avec un mini-forfait restreint par ses parents. La téléphonie francaise, c'est le grand luxe en comparaison !
- d'avoir des amis de 25 ans, et d'être souvent la doyenne du groupe !
- de décider de ce qu'on va faire ce soir à 22h, d'aller dîner à 23h
- de quitter une soirée à 4h ou 5h du matin, tout en sachant que ca continue jusqu'à 7h. Finies les soirées où l'on rentre chez soi parce que ca ferme ou qu'"il n'y a plus personne". Ici il faut savoir rentrer chez soi avant la fin, la tête haute, même s'il y a toujours quelqu'un pour me dire "mais tu pars déjà !!!" et me faire passer pour une petite joueuse.
- que les Argentin/es m'expriment leurs sentiments et leur enthousiasme si communicatif
- d'essayer de les copier et de perdre cette "pudeur sentimentale" francaise
- de ne plus entendre de chansons francaises en dehors de chez moi, ni à la radio, ni dans des magasins...
- d'écouter de la musique (latino bien sûr) dans les colectivos. Pourquoi on ne fait pas pareil chez nous ? Les trajets paraissent beaucoup moins longs !
- de fréquenter régulièrement des Argentins/es rencontrées en voyage ici il y a 2 ans et que je pensais ne jamais revoir
- de retrouver mes habitudes mexicaines et de faire attention aux gens, à mon sac à main que je porte en bandoulière, de réfléchir par quel chemin je rentre si c'est tard, et de ne pas prendre de "risque", comme une bonne fifille à sa maman que je suis. Fini de rentrer du Puerto Habana en vélo à n'importe quelle heure de la nuit !
- d'être entourée de personnes qui ne travaillent pas et/ou ne gagnent pas d'argent ou pas beaucoup (elles étudient, prennent des cours de tango, de chant, de couture, de réalisation, font du bénévolat, un stage, cherchent un boulot...) et de les voir, même en comptant leurs sous, passer ici un des meilleurs et des plus intenses moments de leur vie
- de dormir dans un lit une place (mais je suis dégoûtée !)
- que maintenant des inconnus m'écrivent, car ils sont tombés sur mon blog, et de les conseiller à mon tour avec grand plaisir, comme on m'a moi aussi aidée à distance quand je passais des heures sur mon canapé à Toulouse à chercher des contacts !

Je ne me suis pas encore habituée à entendre si peu souvent les voix et les rires de mes proches et je leur en veux parfois de ne pas m'appeler (message subdiminal pour mon frère qui va me le payer :-)
Mais après tout, je l'ai bien cherché me dira-t-on, les absentes ont toujours tort !