27 janvier 2010

Nuit de fournaise

 
Minuit trente, je transpire.  Je rentre à la maison après une soirée au ciné bien au frais - merci l'air conditionné -, et me rends compte que mon quartier a changé. Il est peuplé ! J'entends l'intimité de tous les étages, tous fenêtres ouvertes, des conversations, une musique andine, la télé.... Les habitants de ma rue que je ne croise jamais sont de sortie, la mère avec son bébé assis à même le trottoir, à côté d'un clochard, deux amoureux transis sur un perron et une bande-passante de promeneurs comme moi. En bas de mon immeuble le concierge bavarde avec des voisins. La chaleur nous fait enfin nous rencontrer un soir d'été. On se regarde avec un air entendu de "que calor"... Pas besoin de parler.

23 janvier 2010

Ah mais t'es française !!!!


La journée commence bien. Samedi matin 11h, après 4 toasts de Nutella et 3 oranges pressées, 31 degrés prévus pour la journée, le boliche (discothèque) d'en-bas toujours ouvert qui me fait me trémousser sur ma chaise avec sa salsa et sa bachata que je peux entendre 6 étages plus haut. Je repense à la soirée d'hier, qui aurait pu se passer à 11 000 km d'ici dans un bar parisien.

J'oublie en effet, ne fréquentant pas beaucoup de compatriotes en dehors de mon travail, que je parle français avec un accent, mes origines me suivent et me collent à la langue. Hier soir donc soirée avec beaucoup de français. Et contente d'être là-bas pour une fois, ça change. Et qu'est-ce que tu fais ici, et ça fait combien de temps que t'es là, ah tu voyages bla bla bla. Les questions et réponses habituelles. Personne ne demande à personne de quel coin il est, mais à moi oui.
- Mais, tu viens d'où ?
Et là, je souris comme d'hab...
- Non je ne viens pas de Dunkerque, rires, oui je viens de Toulouse, d'à côté, je sais, ça s'entend. Rires.
La conversation peut reprendre son cours. 5 minutes plus tard, un autre groupe, plus grand, on est tous assis, et même question, qui m'intimide car 5/6 personnes écoutent la réponse. Rires.
- Ah parce que je croyais que tu étais argentine. Rires.
Rires spécialement de mon copain David à côté de moi qui m'avait fait le même coup quand je l'ai connu ici, et avait cru lui aussi que j'étais une argentine qui parlait bien français à cause de mon accent.
- On t'a pas déjà dit que tu parles français avec un accent espagnol ?
- Tu dis que tu viens de Toulousa et pas de Toulouz.
Rires, d'eux, pas les miens. Moi ça commence à m'exaspérer sérieux, depuis 10 ans que j'ai pour la première fois vécu en terre parisienne. Et le meilleur pour la fin.
- Et puis c'est vrai, t'as l'air d'une Argentine, tu fais latine !
Le cliché, le pompon. Quel fin observateur mon gars, sérieux, t'as pas cru que j'étais suédoise ? Remarque totalement débile sachant que les habitants de Buenos aires sont quasi tous d'origine européenne, avec peut-être une plus forte proportion de bruns et brunes qu'à Lille, mais pas plus qu'à Toulouse. Alors oui, je suis châtain foncé aux cheveux longs, j'ai des bras dodus, des bonnes joues, un décolleté qui fait pas pitié, j'ai des anneaux aux oreilles, ça doit être ça, les anneaux, ça fait Jennifer Lopez...

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai compris pour la première fois que je parlais pas comme à la télé quand j'avais une dizaine d'années. J'avais pris l'avion Air Inter comme une grande toute seule pour aller voir les cousins parisiens. Première fois que je partais si loin de mon Gers. Je me souviens être arrivée à l'aéroport, être allée dans un café avec tante et cousine, et un serveur m'a demandé ce que je voulais. 3 mots ont suffit :
- "Eing coca s'il-vous-plé".
Et là, le serveur qui me répond en rigolant
- Ah toi ça s'entend que t'es pas d'ici !
Rire de la famille parisienne. Moi j'ai pas compris tout de suite.

Avec les années quand je me retrouvais avec mes cousins parisiens dans la maison familiale en Corrèze, il répétaient ce que je disais, en accentuant un max chaque mot, et ça les faisait marrer et moi aussi, ça n'arrivait qu'une fois par an.

Mexico, 21 ans, une Parisienne Stéphanie m'expliqua le jour où je l'ai rencontrée que la FNAC était un magasin où on vendait des livres et des CD. Je me suis dit la pouffiasse elle me prend vraiment pour une paysanne. Et elle persiste et signe en me parlant encore d'un autre magasin du genre. Je lui explique poliment que je connais.
- Ah tu es déjà venue en France ?
Euh oui, comment te dire... ? Et elle se confond en excuse car elle pensait que j'étais une mexicaine qui parlait bien français, comme j'avais un accent... On ne m'avait encore jamais dit ça, et pourtant, c'était prémonitoire...

Paris, 22 ans, le choc. A tous les niveaux. Premier boulot, premières collègues, des provinciales, des vrais Parisiennes ou de banlieue. Une seule vient du Sud-Ouest, mais c'est pas une alliée, elle ne l'a pas trop, pas comme moi. L'accent. L'accent qui fait que tout le monde se marre, parce que c'est "trop" mignon, que ça fait vacances, soleil, que t'inquiète pas les gens rigolent mais en fait ils aimeraient avoir le même. De tout j'ai entendu. Au bureau quand je téléphonais à ma famille, mes amis de là-bas, ou à ma copine marseillaise Fanny, on devinait que je parlais à mes semblables car paraît-il mon accent décuplait. Des petits merdeuses de stagiaires de 20 ans me coupent carrément la parole pour me demander "mais tu viens d'où?". En réunion certains clients ne disent rien, ne sourient pas ouvertement mais leurs commissures aux lèvres les trahissent dès que j'ouvre la bouche. Et là je comprends, je ne parle pas et ne parlerai jamais comme Claire Chazal, d'ailleurs Claire Chazal ne pourrait pas parler comme moi, sinon on ne la prendrait pas au sérieux. C'est la triste vérité.
Je visite des apparts, on me demande si je suis espagnole ou italienne.
Une fois on m'a demandé à Paris d'où je venais.
- Je réponds du sud-ouest.
- Et là on me demande oui mais de quel pays ?
Véridique. Je suis pourtant 100% française, élevée et nourrie au bon maïs du Gers, d'ancêtres béarno-corréziens gardiens de vaches. Je m'appelle même Dumond, je peux pas mieux faire !


Je me suis souvent demandé, si j'avais eu les yeux un peu bridés, si des inconnus me poseraient la même question, aussi vite, dans la conversation ? Est-ce qu'on demande à Fatima en 15 secondes si elle est d'origine marocaine ou algérienne ? Pas une fois en 5 ans à Paris en parlant avec des inconnus, la boulangère, au téléphone, des amis d'amis qui ne me connaissaient pas, j'ai pu éviter les questions.
- Non parce que ton accent il est pas comme à Marseille, il est différent...
Ben ouais, bravo, c'est pas comme Pagnol et Manon des Sources ou FR3 Marseille, non.
- Ah ouais parce que quand je vais en vacances dans le Sud (comprendre dans ce cas le sud-est car le sud-ouest n'est pas sur leur carte), ils parlent pas pareil.
C'est pas méchant, c'est pas mal intentionné, mais ça pue le parisianisme, parfois un peu le snobisme et surtout l'ignorance. Le sourire attendri quand je raconte une histoire, quand un putaing m'échappe, ou une expression bien de chez moi, comme quand un gosse fait des fautes de français ou emploie un mot dans un mauvais contexte
- Ah mais t'as pas perdu ton accent depuis tout ce temps!
Des claques !!!!


Tellement de remarques entendues depuis 10 ans que je suis sortie de mon bercail que c'est vrai, je me sens plus à l'aise pour parler avec des gens du sud, de Biarritz à Nice, qui ne me poseront pas de questions et ne relèveront pas cette différence. Hier soir, à 11 000 km de la France, je me suis encore sentie à part des autres compatriotes. Ne pourrait-on pas considérer ici qu'on vient tous du même pays ? On est quand même plus petit que la Patagonie argentine !

16 janvier 2010

Costumbres argentinas



En une semaine j'ai découvert de nouvelles coutumes argentines

Cette année premières fêtes de fin d'année en Argentine, 1er Noël en (belle-)famille. On me prévient  de m'organiser asez tôt pour venir car dès la fin de l'après-midi, le 24 comme le 31 décembre, les commerces ferment beaucoup plus tôt, les bus passent au compte-goutte, plus de métro à partir de 20h... La ville et sa frénésie s'arrêtent quelques heures. Et ce n'est pas pour me déplaire que le système, à défaut de s'arrêter complètement,  ralentisse. Et que les chauffeurs de bus et de métro puissent manger en famille, comme moi.
Noël ici ça donne qu'on est tout transpirant, on arrive avec sa bouteille d'eau, on se retrouve en tongues autour du sapin, à se mettre du Off (l'anti-moustique) sur les jambes, c'est franchement surréaliste. On pense qu'au pays les routes sont bloquées par la neige, que sa mère doit être les fesses scotchées au radiateur et que le frérot en Lituanie doit être à moins 20°C. On essaie d'imaginer mais on n'arrive pas trop à réaliser. Par chance on échappe ici au matraquage publicitario-commercial des affaires/offres/idées cadeau de Noël dans les magasins. Pas non plus de vitrine redécorée en rouge et papa Noël comme chez nous, quasi pas de guirlande dans la ville, juste un sapin blanc pseudo-enneigé sur l'avenida 9 de Julio au pied de l'Obelisco, qui semble être tombé d'un avion tellement on n'y croit pas une seconde.
Maintenant que le décor est planté je rentre dans le vif du sujet. 1ère découverte, tout d'abord, le goût, voire la passion ici pour les pétards, fusées, ballons montgolfières et autres gadgets et accessoires qui volent dans le ciel et/ou font du bruit et de la fumée. Il me semble qu'en France on arrête d'y jouer vers les 17 ans (sauf mon ami John qui se reconnaîtra...), mais ici les pères de familles autant que leurs fistons, les filles et les plus grands s'y donnent à coeur joie. Ca donne une cacophonie de pétards dès le matin, puis de fusées éclairantes et feux d'artifices à la nuit tombée, le 24 et le 31 décembre. L'heure de pointe est de 23h à 1h du matin, et là, c'est la folie. On ne s'entend plus, ça résonne dans les manzanas, les pleurs des bébés et jeunes enfants s'échappent des fenêtres... Chez ma belle-soeur, chaque année le chat se cache sous le lit toute la journée et toute la nuit. Il connaît la musique attend que ça passe...pobrecito. Ca commence à s'engueuler aussi, de balcon à balcon, on demande que ça s'arrête, qu'il y a des enfants ici qui ne peuvent pas dormir. Sauf que Gustavo et son fiston sur la terrasse d'à côté, il est au taquet depuis 1 an. Il a fait le plein à Cotto (le supermarché) de tous ces gadgets, des nouvelles fusées volantes "encore plus de bruit encore plus loin"...et que cette année il veut en mettre plein la vue et plein les oreilles à ses voisins... Le bordel bien latino comme je les aime. Il faut le voir et surtout l'entendre pour le croire, à côté nos fêtes sont bien silencieuses en comparaison ! Et bien entendu, dès 1h du mat on entend quelques ambulances et sur la chaîne TV Chronica, on donne les premières infos sur les premiers accidents, premiers blessés, premières mains brûlées de l'année... Inévitable !

Souvenir du nouvel an sur une terrasse d'Almagro...






Ensuite, autre petite anecdote, celle 30 décembre. Le matin en partant travailler je trouvais les rues particulièrement sales, ou plus exactement jonchées de petits papiers blancs, et pensais que les rues n'avaient pas été nettoyées depuis la veille... Erreur, c'est la coutume ici pour les employés de bureau de jeter des milliers de petits papiers par les fenêtres pour fêter la fin de l'année !

Ce qui donnait ça vu de mon bureau :










Enfin, vu sur les plages ce week-end, alors que j'étais sur le point de m'endormir, j'ai entendu un groupe de personnes tout près de moi applaudir, puis les gens derrière, puis devant, puis partout, tous debout les yeux fixés vers le rivage. Plusieurs secondes je me suis demandée pourquoi, impressionnée par un tel spectacle, jusqu'à ce que l'on m'explique que c'était la coutume, un geste solidaire, lorsque des parents perdaient leur enfant sur la plage, où qu'un enfant se manifestait après s'être perdu, de faire passer un message d'alerte pour que les familles se retrouvent. Chaque parent retrouve sa marmaille et scrute si un enfant se trouve seul... Je ne pense pas que ce soit typiquement argentin mais plutôt sud-américain. En tout cas c'est un spectacle assez angoissant quand on connaît pas, qu'on comprend pas, cet applaudissement qui n'en finit pas, assourdissant, qui dure et qui dure, jusqu'à l'heureux dénouement.
Chacun ensuite retrouve sa serviette, son maté, repart se baigner comme si de rien n'était. Il restait juste une boluda émue devant tout ça, encore et toujours plus convaincue qu'ici décidément, certaines choses de passent bizzares, étranges, exemplaires et touchantes.

un exemple de scène trouvée sur youtube