28 avril 2009

21 avril 2009

Les porteños sont des crâneurs...


Comme s'il fallait en plus en rajouter, comme si l'Argentin au naturel n'était pas assez..., enfin, j'me comprends ! Parce que les porteños sont des crâneurs et les porteñas des reines de la mode et de l'apparat, un petit 18 degrès et hop, on sort ses habits d'hiver, parce que vous comprenez, maintenant, il fait "froid" et il ne faudrait pas trop tarder pour exhiber ses gambettes toutes de cuir vêtues, même encore bronzées.
Ça avait commencé la semaine dernière avec quelques filles qui portaient des bottes, des "originales" je pensais. Hier, morte de rire, j'ai vu les premières polaires et écharpes alors que j'étais en gilet. Et aujourd'hui, le comble, la goutte d'eau qui fait déborder le vase et mon blog, j'ai vu un homme avec un bonnet... Oui, un bonnet ! Quelle provocation ! Un accessoire inoffensif vu comme ca, mais qui, porté sur la gent masculine, m'a toujours troublée au plus haut point...

Vous prenez un porteño de base - donc 9 chances sur 10 qu'il soit carrément pas moche-, vous lui rajoutez un bonnet et un regard balladeur - c'est un pléonasme en Argentine -, qui donc croise le votre, car bien évidemment vous ne regardez pas vos pieds en marchant... Mama mia, c'est une expérience à vivre que je recommande à toutes !

Cholocate amargo por favor !


Ici c'est la phrase magique, que je prononçais une fois par jour en février et mars (maintenant une fois tous les 3 jours seulement). Chocolat amer s'il vous plait. Avec parfois une variante : "y mascarpone". Parce que j'ai compris que même le format minimum, à 4 pesos, te donne droit à 2 saveurs. Cela donne donc mascarpone en bas et chocolat amer en haut, parce qu'il y en a davantage en haut donc j'ai encore plus de chocolat...

Ici les glaces, "helados", sont une coutume à part entière de la gastronomie argentine, en bonne héritière de la dolce vita italienne. Ici, comme on a son club de foot favori, on a son glacier préféré. Ma copine Christina ne jure que par les Persico, mais accepte quand même d'aller à Volta ou Freddo. Ces 3 chaines ont envahi les rues de Buenos Aires. Moi je ne suis pas puriste, et je préfère même aller chez les "indépendants", tous les autres glaciers qui ont pignon sur rue et qui me font hésiter toutes les 3 cuadras jusqu'à que je ne tienne plus et que je reparte avec systématiquement la même, toujours et encore, la glace Fanny, ce qui fait dire à mes copines à juste titre que je suis obsessionnelle. Toujours près de moi, à portée de monnaie, fidèle, réconfortante et qui jamais ne deçoit, la GLACE !

Ce soir, un pas a ete franchi dans mon intégration à la vie porteña, j'ai commandé pour la première fois de la glace par téléphone !!! Comme ça, sans y réfléchir 2 fois, comme j'aurais fumé une petite menthol, j'ai commandé plutôt un dessert à domicile pour mes amis et moi, et je leur ai dit, telle une baronne, "les cocos, je vous invite" ! Un luxe inoui me semble-t-il, mais ici rien de plus normal que de décrocher son téléphone à 11h du soir et d'énoncer ces fameuses saveurs indispensables à la bonne digestion d'une empanada !

ps : Mamounette, dans quelques jours, tu y as droit ! Et tu pourras craner un max à ton retour au bercail et en mettre plein la vue aux Gersois(es) !


8 avril 2009

Promotetas

Surtout tu ne t'éloignes pas trop du stand, c'est pas grave si tu es habillée ridiculement court, que ta jupe est vulgaire, tu fais un grand sourire aux Monsieurs, c'est même pour ça qu'on te (sous)paye, même si tu as encore un appareil dentaire, que ta décoloration mériterait une retouche aux racines, que tes seins débordent un peu trop du décolleté, mieux vaut trop que pas assez comme on dit, hein !

Cet après-midi je me suis retrouvée, j'ai pas encore vraiment compris ni comment ni pourquoi, à accompagner une collègue à l'EMAQH 09 "Exposicion Internacional de laMaquina Herramienta, Herramientas y Afines", en gros un salon industriel présentant des machines énormes dont j'ignore totalement l'usage. Un salon destiné aux ingénieurs et techniciens je présume, un monde d'hommes qui vend à des hommes. Térésa et moi nous sentions comme des OVNIS et une race à part au milieu d'eux et de cet univers de mâles. Jusqu'à que je les vois, elles, ces créatures sorties de série Z ou de clips de reggaeton. Et là je me suis sentie appartenir à une espèce à "protéger", du moins à réhabiliter, les femmes.

Chaque stand en avait, la "sienne", les "leurs", car on parle bien d'ici d'un outil, de vente et de décoration. Ce n'est pas une exclusivité argentine, j'ai vu les mêmes en France, elles sont dans tous les salons de la planète, sauf dans les pays arabes peut-être. Avec divers degrés de classe, de subtilité. La finalité reste la même malgré tout : une femme fait vendre, des yaourts, des voitures, même des machines outils, la preuve. Elle ne saura peut-être même pas le nom du produit, on ne lui a pas demandé de le retenir de toute façon, ni en quoi il est soi-disant meilleur que les autres, mais elle sait vous sourire, vous donner une petite décharge d'émotion pour vous Messieurs, vous faire oublier 2 secondes pourquoi vous êtes là, et c'est déjà pas mal. Elle saura s'effacer une fois le chaland appaté, et laisser les hommes travailler tranquilles.
Pas une femme en tailleur, ou dans une tenue qui puisse laisser penser qu'elle travaille dans ce domaine. Pas une de plus de 25 ans, pas une habillée autrement qu'en mini-mini-jupe ou en legging ultra moulant (c'est la dernière mode), avec des talons haut, une épaisse couche de maquillage pour masquer l'acné persistant de certaines post-pubères. Et surtout des seins, des seins et encore des seins à revendre, à pleine vue et à plein nez, tels des aimants, des bornes GPS, des phares pour bateaux perdus en mer, un petit souvenir qui vous rappellera ceux de maman et vous fera venir sur le stands à coup sûr, bouche ouverte, soudainement intéressé par la nouvelle fonction rotative de la perceuse Machin. Vous accepterez sans vous en rendre compte le prospectus qu'elle vous tend, et qui finira à l'arrière de votre voiture à côté su siège bébé. Le pire, c'est que ça marche, depuis la nuit des temps, que toute la planète l'a compris, et en Amérique du Sud un peu plus qu'ailleurs.

On les appelle ici "promotoras", elles promeuvent donc, sont sensées promouvoir une entreprise et ses produits, des "hôtesses" comme on dirait chez nous. Moi je pense qu'elles promeuvent surtout une image des femmes dépassée, très années 50, et qu'il serait temps de changer de tactique commerciale. Ce spectacle affligeant façon latino-kitch de cette minorité très très visible nous a bien fait rigoler, on a décerné la palme des plus gros seins, des meilleurs seins refaits, de la plus vulgaire, et le choix a été difficile car il y avait du niveau ! Mais au fond de moi je suis quand même attristée par ce machisme ambiant persistant. Les hormones doivent elles aller de pair avec le business?

7 avril 2009

Nouvelles habitudes


Déjà 2 mois que je suis à Buenos Aires et ce soir je pensais à mon nouveau train train. J'avais envie de le décrire car peut-être bientôt ce qui me surprend encore me paraîtra tout à fait normal.

J'ai donc dorénavant l'habitude, avec joie le plus souvent et parfois à contre-coeur :

- de boire du maté à la maison, uniquement quand c'est Fernando qui me le prépare ou anciennement avec M
- de lutter tous les jours pour trouver de la monnaie afin de payer mon ticket dans le collectivo (bus). Ce qui m'oblige à acheter un journal, des gâteaux, une boisson afin de récupérer les précieuses pièces dont la pénurie ici emmerde tous les habitants.
- de rencontrer des personnes nouvelles toutes les semaines
- de compter en peso et de trouver que certaines choses sont horriblement chères par rapport aux salaires d'ici
- de trouver que tout est moche et/ou trop cher dans les magasins de fringues et de ne plus faire de shopping
- d'entendre parler italien chez moi, de comprendre et de participer aux conversations en répondant en espagnol
- que Carmen m'appelle "amor"
- que mes meilleurs amis ici ne connaissent ni ma langue ni mon pays ni mes proches, pas plus que je connais les leurs, mais de les considérer quand même comme ma famille argentine
- de me rendre compte que je n'ai pas parlé francais de la journée, voire de 2 jours, voire plus. Heureusement que mon compatriote Pablo vit dans mon quartier, car le seul que j'ai près de moi
- de n'utiliser ma langue qu'à l'écrit, par mail
- d'acheter Pagina 12 le dimanche matin
- de manger de la viande midi et soir, très souvent
- de la saleté de ma rue, et de celle de beaucoup d'autres
- de me priver de tout un tas de choses et de marques qui me semblaient essentielles avant pour mon estomac ( les chocolatines, les Petits Ecoliers, le fondant au chocolat de Picard...)
- de ne plus calculer les distances en mètres ou en kilomètres mais en "cuadras", donc en pâtés de maison ou "block". Une cuadra dans une rue va du numéro 1 à 100, la "cuadra" suivante de 100 à 200 ect.
- de voir venir de très loin les Argentins "chamuyeros" (même si c'est souvent un pléonasme). Adjectif qui vient du verbe chamuyar : hablar o escribir con intención persuasiva, pero falazmente o sin argumentos sólidos. Sport national qui consiste à jouer du pipo et baratiner un max pour endormir le sexe opposé, sa femme, son boss, n'importe quelle personne que l'on a besoin de manipuler un temps soit peu... Je conseille d'ailleurs à tous la lecture instructive de ce blog :-) http://manualparachamuyarchicas.blogspot.com/
- de ne plus passer des heures au téléphone portable car le coût des communications en Argentine est exhorbitant, et donc de n'envoyer que des textos, tel l'adolescent avec un mini-forfait restreint par ses parents. La téléphonie francaise, c'est le grand luxe en comparaison !
- d'avoir des amis de 25 ans, et d'être souvent la doyenne du groupe !
- de décider de ce qu'on va faire ce soir à 22h, d'aller dîner à 23h
- de quitter une soirée à 4h ou 5h du matin, tout en sachant que ca continue jusqu'à 7h. Finies les soirées où l'on rentre chez soi parce que ca ferme ou qu'"il n'y a plus personne". Ici il faut savoir rentrer chez soi avant la fin, la tête haute, même s'il y a toujours quelqu'un pour me dire "mais tu pars déjà !!!" et me faire passer pour une petite joueuse.
- que les Argentin/es m'expriment leurs sentiments et leur enthousiasme si communicatif
- d'essayer de les copier et de perdre cette "pudeur sentimentale" francaise
- de ne plus entendre de chansons francaises en dehors de chez moi, ni à la radio, ni dans des magasins...
- d'écouter de la musique (latino bien sûr) dans les colectivos. Pourquoi on ne fait pas pareil chez nous ? Les trajets paraissent beaucoup moins longs !
- de fréquenter régulièrement des Argentins/es rencontrées en voyage ici il y a 2 ans et que je pensais ne jamais revoir
- de retrouver mes habitudes mexicaines et de faire attention aux gens, à mon sac à main que je porte en bandoulière, de réfléchir par quel chemin je rentre si c'est tard, et de ne pas prendre de "risque", comme une bonne fifille à sa maman que je suis. Fini de rentrer du Puerto Habana en vélo à n'importe quelle heure de la nuit !
- d'être entourée de personnes qui ne travaillent pas et/ou ne gagnent pas d'argent ou pas beaucoup (elles étudient, prennent des cours de tango, de chant, de couture, de réalisation, font du bénévolat, un stage, cherchent un boulot...) et de les voir, même en comptant leurs sous, passer ici un des meilleurs et des plus intenses moments de leur vie
- de dormir dans un lit une place (mais je suis dégoûtée !)
- que maintenant des inconnus m'écrivent, car ils sont tombés sur mon blog, et de les conseiller à mon tour avec grand plaisir, comme on m'a moi aussi aidée à distance quand je passais des heures sur mon canapé à Toulouse à chercher des contacts !

Je ne me suis pas encore habituée à entendre si peu souvent les voix et les rires de mes proches et je leur en veux parfois de ne pas m'appeler (message subdiminal pour mon frère qui va me le payer :-)
Mais après tout, je l'ai bien cherché me dira-t-on, les absentes ont toujours tort !