Il y a des moments comme ça plus fatigants que d'autres. Aimer un autre pays en plus que le sien, c'est comme avoir à la fois un mari rassurant, un peu ennuyant, et un amant passionné qui nous fait vibrer davantage, parfois un peu trop. L'adultère géographique est grisant, fait littéralement perdre la tête et c'est ça qui est bon. Oui mais il y a des moments, comme maintenant, où on voudrait bien faire un petit "rewind" comme sur les walkman et revenir au début de la chanson. Là tout de suite je rentrerais bien juste pour respirer l'odeur de la soupe paternelle qui m'a fait grandir et l'odeur des platanes après la pluie. Juste pour m'assoir à ma place attitrée à table, sentir la chaleur des abrazos de là-bas qui font oublier l'hiver. Juste pour aller voir un film au ciné avec la mama...
Ames sensibles expatriées (je m'y inclus): desserrez un peu la gorge et respirez bien fort. La fin d'année n'est qu'un mauvais moment à passer. Rappelons-nous surtout : on l'a bien cherché et personne ne nous a forcé. C'est le prix à payer pour avoir quitté la Mère-Patrie et notre mère tout-court, une sorte de taxe d'habitation un peu plus salée, notre TVA : Taxe pour Vivre Ailleurs, notre impôt sur l'Aventure.

